L'homme qui regardait passer les trains
de : Simenon, Georges

Je suis vraiment content d'avoir trouvé le filon Simenon. Je ne suis certes pas le premier à l'avoir trouvé, il est même un peu tard pour découvrir ces romans mais bon, je suis excusable j'ai fait des études de sciences, voire pire, de mécanique, en passant par la prépa, donc j'écoute du metal et je lis de la science-fiction. Bon. Il y a quelques raccourcis hâtifs et des stéréotypes un peu poussifs là-dedans mais que celui qui n'a jamais stéréotypé me jette la première métaphore.
Toujours est-il que d'avoir Simenon dans mon escarcelle de trucs possible à lire, ça permet de ne pas avoir à se rabattre sur l'autre abruti de Brown quand on est dans une position cabsalienne dans une gare de province, il y a toujours un Simenon qui traîne dans les étagères des librairies ferroviaires. Non ? Bon bin ce sera Lire alors, ou bien Le Journal Littéraire... Pas crédible ? Depuis la mort de Freestyler je n'ai plus trop le choix, hein...

Alors nous voici encore embringués dans un Simenon, hors Maigret. Il va bien falloir à un moment que j'en lise un tout de même, de Maigret, ne serait-ce que pour savoir qui de Jean Richard ou de Bruno Kremer...). Et puis c'est une bonne solution pour faire passer ma telosbdomadophobie.

Cette fois encore on est plongé dans le quotidien petit et mesquin de tout sauf d'un cerveau du crime, un homme normal dont la vie bascule pour une cause assez minable d'ailleurs : son patron fait faillite et décide de se tirer en organisant un faux suicide. S'ensuit une progression superbe : vengeance sur la vie, assurance de sa supériorité, incompréhension du public, plongée progressive dans la folie, renfermement dans un monde personnel...
"Seulement, on peut faire tout cela et rester seul dans un coin, avec le sentiment confus que ce n'est pas assez pour remplir une vie et qu'on aurait peut-être pu réaliser autre choses !"
Il n'est que trop facile de s'identifier au personnage, non dans ses faits et gestes mais dans l'engourdissement que provoque un quotidien réglé, une vie d'apparence. Il semblerait que l'on puisse sortir quelques thèmes qui peuvent passer pour cher à Simenon : la fatalité, la mesquinerie du monde en général. On se doute que ça ne va pas se finir par un repentir ou bien un formidable retournement de situation, juste le livre suit son cours, doucement, on sent venir les choses et elles se passent, imparables comme le temps qui passe.

Bon, on ne ressort pas ragaillardi d'un tel bouquin mais je n'ai pas encore trouvé un Simenon joyeux, peut-être que cela n'existe pas. J'aime beaucoup le non-exotisme : Paris mais pas décrit comme un haut lieu du crime, pas décrit par ses souterrains gothiques ou je ne sais quoi encore, une petite bourgade de province, etc. La vie grise et pas noire de jais ou blanche d'albâtre. Ca repose en quelque sorte. Simenon nous emmène tranquillement à la suite du type, il varie les styles d'écriture (narration, dialogues, lettres, articles de journaux...) et place quelques critiques sur le tape-à-l'oeil de la société à travers la solitude de son personnage au moment des fêtes de Noël...

Peut-être ai-je tout raté et que l'intrigue n'est qu'une excuse pour quelque chose de plus profond. Il est des fois où je regrette que la vie ne soit pas aussi simple que les ajustements H7g6 juste glissant. N'allez pas chercher le pourquoi de cet exemple obscur, mes cheminements mentaux m'affolent.

L'homme regardait donc passer les trains, et ça éveillait des choses en lui. Doux amer, quoi.
Vivement le prochain (encore que ça veut sans doute dire un week end ça, hummmm...)
Chronique postée le 10/02/2007 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"

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Divers : écrit en 1938
Pays de l'auteur (Simenon, Georges) : Belgique

Informations géographiques : Hollande, France (principalement Paris)
Informations temporelles : 1930-1940

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