Hécate et ses chiens
de : Morand, Paul

Ca fait deux fois que je lis ce petit bouquin, ça fait deux fois que le sel et la fin du récit m'échappent totalement ! Il doit y avoir un problème dans ma compréhension de l'écriture de ce type, pourtant réputée. Ou alors sont-ce les perversions sexuelles qui me sont complètement étrangères ? L'un dans l'autre (et avec un jeu de mots malheureux), je ne suis pas sûr de savoir quelle solution je préfère...

Pour commencer par le commencement, j'ai dégotté cette référence dans Le Monde, je crois, au temps où mon boulot consistait à lire la presse nationale et régionale quart nord-est afin d'y desceller la moindre petite allusion à la Grande Muette, comme on dit. Elle n'est guère muette lorsqu'il s'agit de râler si d'aucun lui manque de respect si vous voulez mon avis (et mes expérience de première main).
Toujours est-il que j'avais accès à la presse donc, et que, une fois tous les articles incriminant les sous-officiers véreux (par exemple le major ou un quelconque juteux, dont j'ai compris récemment que l'appellation venait d'un approximatif tout simplement délicieux...) et autres soûleries de jeunes troufions désoeuvrés, j'avais le temps de lire ce qui m'intéressait, à savoir la rubrique littéraire et culturelle (comprendre les bandes-dessinées de Hägar Dünor le viking, et les horaires de cinéma). Après mes longues heures de service, je tombais le treillis et je filais généralement dans un lieu de perdition pour acheter de quoi satisfaire mes addictions...

Comme je traînais à l'époque dans les recoins sombres et goths de mon esprit dérangé, j'ai eu tendance à chercher des bouquins qui allaient avec, chose qui abondait apparemment, à en croire les critiques littéraires réputés qui jonchaient les pages des grands quotidiens Français de l'époque... Je pense que la dépression est un des moteurs de la création (dans le cas des gens talentueux) et de l'ouverture (pour les non-créatifs, donc pour moi). La liste de littérature noirâtre (mais pas polar, encore que il y a dû en avoir) s'allongeait donc plus vite que mes capacités à l'éplucher. Il faut dire que j'avais entrepris Belle du Seigneur qui, même pour un jeune troufion désoeuvré (surtout pour un jeune troufion désoeuvré ? encore que jeune...), prend du temps et ne facilite pas la descente de la pile de livres dans le casier au dessus du plumard, plumard rarement au carré ce qui m'a valut quelques ennuis.

Et vint fatalement le moment où ce livre m'est passé entre mes mains, bien après les évènements guerriers précédemment décrits. Pourquoi les avoir décrits alors ? Probablement que je vieillis et que donc j'aime à radoter et ressasser un bon vieux temps du régiment alla Rubrique-à-Brac, pendant que je faisais le soldat comme disait ma grand-mère. Ca ne m'avait pas convaincu. J'avais cru déceler quelque chose d'intéressant, mais je n'attachais alors que peu d'importance à la forme, et le fond m'avait laissé sur ma faim. On me promet de la perversion sexuelle et on n'y lit ni fesse ni sein ! Il y a tromperie sur la marchandise... Le livre a donc filé dans un recoin de ma bibliothèque, peut-être bien au grenier... Et j'ai dû retrouver au célèbre marquis que l'on sait, au moins à lui on peut lui faire confiance pour ce qui est de la débauche et des gros mots.

Et maintenant, une deuxième lecture a été motivée par la relative petitesse de l'ouvrage, qui tient dans la poche, qui tient dans la poche et donc dans l'avion...
Malheureusement, je n'ai toujours pas réussi à accrocher pleinement à cette description a posteriori (et motivée par une sorte de madeleine trempée dans le thé) des affres d'un jeune homme qui tente de passer outre la désolation de son ennui (après de bonnes études, il est envoyé dans une colonie d'Afrique vraisemblablement (il n'est pas fait mention du pays, je crois...) dans laquelle tout marche au ralenti et à la torpeur) dans les bras d'une femme. Cette femme, déjà mariée d'ailleurs, s'avèrera détentrice d'un terrible secret, et d'une terrible faim sexuelle perverse. Je vais m'abstenir d'ironie quant à cette histoire de secret horrible, un certain manque de clairevoyance matinée de honte me recommande ici le silence. De même, je n'en dirais pas plus, cela ferait sans doute sauter les compteurs pour cause de recherche google (trompeuses). Il est loin le temps ou l'on mettait "sexe" et "nichons" dans les meta-mots-clefs du code html. La plongée de cet homme dans les affres, à la fois de la passion amoureuse non-réciproque, et de la perversion de sa maîtresse (l'un entraînant l'autre évidemment, ou l'inverse, encore une fois avec jeu de mots malheureux, ça devient une manie), est cependant remarquablement bien décrite. Il glisse dans la folie et nous le décrit avec minutie, parfois à travers une virée dans les bas-fonds de la ville, parfois juste dans les bas-fonds de son esprit... Les chapitres sont très courts et cela donne un rythme agréable (mais rapide, on s'arrête toujours au suivant...) qui tranche avec l'aspect malsain sensé se dégager du récit.
Cette dernière phrase résume assez bien ce qu'il faut comprendre de ce débalage abscons. Il s'agit sans doute d'un excellent bouquin. Je pense en fait que je ne suis pas armé pour l'apprécier à sa juste valeur. Il me semble que les finesses m'échappent, sans que j'arrive à mettre le doigt sur une manière d'y remédier. Avec la débauche de voyeurisme dont notre société actuelle nous abreuve (ainsi que de mauvais commentaires sociologiques comme celui-ci, oui), il me semble aussi que cette subtilité dont fait preuve Paul Morand n'aura pas réussi à me satisfaire. Je voulais plus de débauche, plus d'horreur, plus de voyeurisme... C'est donc avec tristesse que je m'en remets à vous pour me dire ce que j'ai raté. A votre bon coeur...
Chronique postée le 01/01/2008 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"

---
Divers : Ecrit en 1954
Pays de l'auteur (Morand, Paul) : France

Informations géographiques : Souvenirs du Maghreb
Informations temporelles : ?

---
Dans le même genre...
Du même auteur dans Bookine :
Les écarts amoureux, par Pierre.