La chambre claire - note sur la photographie
de : Barthes, Roland

Roland Barthes est un philosophe et un sémiologue, et apparemment il n'aime pas la photographie ; ou alors il aime beaucoup la photographie et aime aussi beaucoup appliquer l'adage stupide "qui aime bien châtie bien". Dans la mesure où je ne suis pas philosophe (enfin je ne sais pas, hein, on est tous un peu Monsieur Jourdain de temps en temps, avec le verre qui va bien on peut toujours trouver le comptoir adéquat) mais que j'aime bien la photographie, il s'en est fallut de peu pour qu'on retombe dans de la métaphore à base de beretta et d'explication directe dans le genou. Le mec est déjà mort, ça m'évitera sans doute une vendetta un peu sanglante avec son éditeur, de toute façon il a été en conflit avec plein de gens biens qui traînent dans les milieux littéraires d'après mes sources. Donc, a priori, les désaccords philosophiques et sémiologiques d'un mécanicien il s'en soucierait comme d'une guigne.

Alors il entreprend ici de tenter de définir la photographie dans son essence, enfin, je crois.

Je vais arrêter de mettre des "je crois", "il me semble" et autre "Dude! j'ai rien pané !" de partout dans cette chronique, ça va la rendre plus courte de manière assez significative (ce qui dans mon cas peut faire sourire). Voilà le problème, ça devait arriver, à lire des trucs d'intellectuels on finit par se luxer un morceau de cerveau. J'ai une excuse c'est un cadeau ce bouquin et j'insulte rarement les quelques ami(e)s qui me restent en utilisant les livres offerts comme dessous de plat.

Donc Monsieur Barthes se demande qu'est-ce que "vraiment" la photographie. Je me demande quant à moi comment les philosophes font pour se trouver un sujet de réflexion. Peut-être jouent-ils au jeu du dictionnaire. C'est ennuyeux pour celui qui tombe sur "cucurbitacéaes", enfin, non, c'est ennuyeux pour ceux qui se fadent ses écrits par la suite, surtout si le mec est connu. Ils doivent aussi prendre pas mal de substances plus ou moins licites. Bref, Monsieur Barthes lui a fait une fois une rencontre plus ou moins heureuse avec une photographie et donc il s'est mis en tête de réfléchir dessus. Il aurait mieux valut qu'il casse sa tirelire et qu'il aille s'acheter un appareil photo mais bon... Parce que oui, si Monsieur Barthes avait eu un professeur de physique un tant soit peu compétent dans sa jeunesse, il aurait appris les rudiments de la méthode expérimentale et il ne se serait pas contenté de regarder des photographies (qui plus est du siècle passé, mais j'y reviendrai) pour tenter de comprendre ce qu'il y a derrière le clic (qu'il aime) ou l'objectif (qui lui fait peur, pauvre chou). Bon, le mec est un auditif et il se mêle de tenter de comprendre un truc éminemment visuel, pourquoi pas... C'est un peu comme produire un traité sur les meilleures façons de faire du minestrone en ayant une connaissance livresque des légumes et en n'ayant jamais touché à une casserole de sa vie parce qu'on vient d'une bonne famille... Les cucurbitacéaes ne sont jamais très loin en fait.

Oui, j'ai l'air un peu énervé et alors ? C'est sans doute un des effets de mon manque de compréhension. J'ai l'impression de rater un truc et de pas être assez intelligent pour comprendre ce que le mec veut dire, après tout il est publié, lui. Ca ne veut pas dire grand chose cela dit quand on regarde la tête des gondoles autres que celles de Venise. Je ne sais pas vous mais moi je n'aime pas trop passer pour une courge, en parlant de ces glorieuses dicotylédones (j'ai l'expression potagère aujourd'hui, tiens). Le fait que ça m'arrive régulièrement doit y être pour quelque chose. On va faire comme si ce n'était pas le cas pour la suite, si vous voulez bien...

Cela dit, tout bien pesé, il ne raconte pas que des âneries. Il dit même deux ou trois trucs pas si bêtes, pour un philosophe. Il aurait tout de même bien fait de prendre un appareil photo dans les mains et d'aller dans son jardin ou à la maison close du coin exposer une péloche ou deux pour voir ce que ça fait. C'est bien les humanistes, ça. Ca va encore tourner au débat sur les sciences dures et molles ou, comme parfois il m'arrive de le plaisanter : les sciences humaines et les sciences sclérosées. Je suis assez fier de cette cascade rhétorique dont je ne maîtrise aucunement les tenants et aboutissants. Je l'avais créée de toute pièce lors d'une discussion un peu mouvementée au cours de laquelle j'avais terminé une argumentation en lâchant : "On commence homosexuel et on finit communiste !" ou l'inverse peut-être... L'effet fut saisissant et, après un silence gêné, on a pu poursuivre le débat qui avait dangereusement dérivé des méthodes d'enseignements vers les Beatles si mes souvenirs sont bons. Ca doit être les cheveux longs...

Bon, avant que je ne m'énerve vraiment mais pour de mauvaises raisons d'auto-flagellation, j'avais dit qu'il y avait deux ou trois points intéressants dans son discours (si l'on enlève toutes les digressions fort peu à propos, ah ah ! vous la connaissez celle de l'hôpital et de l'infirmerie ?)... Il prétend que la photographie c'est du "punctum" dans le "studium". N'ayez pas peur, même si vous n'avez pas fait de latin, ce n'est pas grossier. En gros, un truc qui dérange dans un contexte intéressant. En tant que personne intéressé par la photographie, je me suis moi même moult fois demandé ce qui faisait que telle ou telle photo était "bonne" (on passera tout de suite sur l'aspect drôlatique de la métonymie qui consisterait à parler de "bonne photo" en lieu et place d'une "photo de bonne", au sens adolescent-regardant-adolescente-gironde du terme...). Parce que faire une photo techniquement acceptable, voire un tant soit peu bonne, est à la portée du premier venu. De nos jours, avec l'avènement de la photographie numérique, c'est sans doute à la portée des suivants aussi. En braquetant, RAWant et autres cochonneries à tout va, nul doute que la photographie mal exposée est plus ou moins un artifice du passé, des souvenirs de vieux c..., je veux dire de photographes mélancoliques.

En revanche, il prétend que la photographie est un dérivé de la peinture et pas du cinéma, lui même un dérivé de la photographie. Et ça, à mon avis, quand il a écrit son bouquin en 1980, ce n'était déjà plus vrai. Je ne doute pas que les premiers photographes n'étaient pas inspirés par Kubrik (un simple calcul arithmétique sur les dates de naissance devrait nous en convaincre) mais passé 1940 ou 50 je pense que la peinture est loin dans l'esprit des photographes, et ça n'a pas été en s'améliorant... Le livre est d'ailleurs parsemé de reproductions de vieilles photos, de qualité très médiocre mais ce sont les mots qui comptent hein, et Barthes prend bien soin de dire qu'il faut s'affranchir de la technique de toute façon. Je me lancerais bien dans une diatribe contre les choix qu'il a faits, mais ce ne serait pas objectif. Comme si le reste de la chronique l'était... Toujours est-il que dans les années 80, tout de même, des gens comme Cartier-Bresson avaient déjà fait parler d'eux et même si il est intéressant de parler de la première photo (si ce n'est pour prouver qu'on a bien fait sa bibliographie) il me parait aussi assez important de faire une veille technologique, si je puis dire.

Il met aussi en évidence une belle différence entre photographie et cinéma. Cela tient au fait que le sujet regarde rarement le spectateur au cinéma, alors qu'en photo de nombreux portraits sont pris de telle sorte que la personne sur la photo regarde directement l'objectif, et donc celui qui regarde la photo. De même au cinéma le hors champs n'existe pas (certains metteurs en scène intelligents en jouent d'ailleurs avec bonheur, mais les digressions on en a déjà parlé) alors qu'en photographie le hors champs apporte beaucoup d'intérêt. Et là je rejoins Barthes, une bonne photo nous rend curieux de ce qui se passe avant, après, pendant mais hors champs, etc. Une bonne photo raconte une histoire, et une qui nous importe.

Je vais m'arrêter sur cette phrase qui n'est pas si mal, tiens.

Bon alors si vous aimez la photographie et que vous voulez avoir un point de vue qui vous fera réfléchir (et boire des boissons fortes si vous n'êtes pas d'accord et de tempérament un soupçon sanguin...) je conseille la lecture de l'ouvrage. Il utilise des mots compliqués qui sont souvent synonymes d'autres mots simples mais bon, on n'écrit pas pour le Journal de Mickey là hein, donc il faut utiliser des mots compliqués. En revanche, si pour vous la photographie c'est égal à la collection de cartes postales de vacances mais en moins cher parce que les cartes mémoires ça coûte que dalle, ou bien une façon de se rappeler la manière caractéristique et si mignonne de votre petit dernier lorsqu'il bavait à douze mois et demi, passez votre chemin...
Reste désormais à dégoter ce traité sur la culture des cucurbitacéaes.
Chronique postée le 25/03/2009 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"

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Divers : ...
Pays de l'auteur (Barthes, Roland) : France

Informations géographiques : n/a
Informations temporelles : n/a mais écrit en 1980.

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Mythologies, par Pierre.