La condition humaine
de : Malraux, André

Si je m'attendais à trouver un roman d'aventure, de guerre et d'espionnage dans, je cite la quatrième de couverture : l'un des "dix meilleurs romans du siècle" (siècle passé, l'édition était vétuste), déterminé par, entre autres,Colette... Colette ! Sans rire, elle lit autre chose que la palpitante vie des fleurs, elle ? Mais qu'est-ce que je m'aperçois-je ? Il a fait aussi cinquième parmi les cents meilleurs, décerné par la Fnac et Le Monde ! C'est moins prestigieux parce que je pense que Colette n'a pas voté cette fois là. Moi ça me fait un autre prix Goncourt à mon actif tiens, je fais d'une pierre plein de coups... Je ne me rappelle plus trop comment il m'est tombé entre les pattes ce bouquin, ceci étant dit.

Pour résumer l'intrigue il suffit somme toute de se fader la page wikipedia du massacre de Shanghai de 1927 (ici), le livre étant une romanisation des préparatifs... En gros certains gros dirigeants chinois veulent virer les communistes. Communistes avec qui ils étaient alliés pour créer une république et virer, ensemble cette fois, les seigneurs de guerre qui régnaient sur la Chine par petit fiefs. Le massacre en question a sonné le gong pour le premier round de ce qui donnera vingt-deux années de guerre civile. Joyeux, comme diraient nos amis québécois.
Dans le livre on suit les agissements d'une poignée d'hommes, pas tous dans le même camp, et surtout on apprend leurs motivations, leurs états d'âme, etc. Par exemple le premier chapitre nous met dans la peau d'un jeune chinois qui doit assassiner un type pour avoir accès à un stock d'armes à feu (qui servira à armer le peuple et donc pouvoir se battre dans une révolte contre le gouvernement). A noter que le camp dans lequel se placent a priori les sympathies de l'auteur est celui des communistes... Tchen débute dans la carrière d'assassin et on suit le meurtre et la suite de ses pensées, ainsi que quelques discussions basées autour de cette idée.

Ma courbe de lecture a été pour le moins étrange avec ce livre : en dents de scie. Même la technique éprouvée de l'isolement n'a pas vraiment marché : une dizaine d'heures d'avion avec pour seule lecture la fin de ce, relativement, petit livre. J'ai regardé "Ghosts of girlfriends past" ou un truc du genre, un comédie romantique qui détourne *habilement* l'histoire de Dickens pour le plus grand plaisir du spectateur américain moyen à grand renfort de grossièretés et un peu d'effets spéciaux qui seront passés de mode avant la sortie du film enDVD. Bref, on s'en doute, la compétition a été rude pour Malraux . J'ai tout de même réussi à le finir, avant de l'offrir, magnanime comme pas deux, à un ami américain (mais un bon américain) qui s'est laissé prendre, comme moi à vrai dire, à la trappe du livre culte. J'ai pourtant déjà dit tout le bien que je pensais de cette expression "culte", utilisée par des chroniqueurs parmi les plus doués de leur génération !

Bref. Comme je l'ai dit, je ne sais même plus pourquoi j'ai commencé ce bouquin, ni comment il m'est tombé entre les mains. Cependant j'éprouve une certaine satisfaction à savoir qu'il réside désormais sur un autre continent... Je l'ai libéré, comme on dit, tout à ma récente frayeur devant les monceaux de "trucs" que l'on amasse et entasse dés que l'on devient un tant soit peu sédentaire. Je vais finir par me comparer à un petit animal à fourrure, il faut faire quelque chose ! Du coup maintenant, les livres qui veulent avoir le privilège d'accéder au statu - envié, on s'en doute - de résident de mes étagères ont intérêt à "envoyer du pâté", comme on dit aussi mais ailleurs.

Bon celui-ci n'envoie donc pas le pâté, ni les rillettes, mais il n'est pas mal, on ne va pas non plus cracher dans le brouet ou la charcuterie. Il y a même des passages plutôt bons, voire même très bons. Je n'ai pas envie de me fader un exorcisme parce que le fantôme de Colette viens joueur du tam-tam (ou d'un autre instrument bruyant, mais je crois que le djeumbé doit être le pire, avec son lot de connotations) dans ma chambre toutes les nuits si j'en dit du mal. Certains thèmes comme la vie de couple,l'addiction au jeu, l'addiction à l'opium sont traités à travers des personnages hauts en couleur. Je pense au Baron de Clappique qui est en quelque sorte la soupape de sécurité comique du roman, personnage aux élucubrations nombreuses et théâtrales... Je pense que c'est vraiment par ses personnages que Malraux est arrivé à me captiver par moment. La scène où le Baron rate son rendez-vous parce qu'il va jouer au casino est aussi enlevé que lourde d'un point de vue des implications et de la noirceur des sentiments qui en ressortent.

Bref, encore un bouquin pour lequel il m'est impossible de dire tout oui" ou "tout non".

Ah si, encore un truc.
Apparemment une constante de la littérature et des idées de Malraux commence dans ce roman, d'aucun dirait "philosophie" mais ça me parait pompeux, sachant que Malraux a tout de même le boulot de "voleur de reliques historiques et culturelles" dans son curriculum vitae (ça en jette ceci dit, plus qu'ingénieur-stagiaire affecté au contrôle non-destructif de cônes fins en polymère par méthode à ultra-son avec application aux centrifugeuses - pour séparer la crème du lait, les centrifugeuses, et pour séparer le bon grain de l'ivraie, le stage... -, je ne vise personne comme d'habitude). Il a aussi été résistant (sous un pseudo) pendant la Guerre et puis Gaulliste ensuite (!?), puis Ministre des Affaires Culturelles, comme quoi la culture n'est pas rancunière...
L'un des thèmes du roman donc, en passant outre les cascades et les macchabées, serait le fait que l'on ne puisse connaître d'une personne que ce que l'on change en elle. C'est une idée intéressante que je ne comprends pas très bien pour tout dire.

En guise de conclusion, heu, bin ça se lit. On est bien avancé avec ça, tiens !
Pour les ceusses parmi les lecteurs plus intéressés par les arts graphiques, on peut noter un intéressant (comme souvent chez Magritte) tableau (cf ici qui s'intitule, je vous le donne en mil, "La condition humaine". J'ai un sens de l'a propos proprement phénoménal. Il est des fois où je m'effraie.
Chronique postée le 10/09/2009 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"

---
Divers : Prix Goncourt en 1933
Pays de l'auteur (Malraux, André) : France

Informations géographiques : Shanghaï, République de Chine
Informations temporelles : 1927