
La femme sans corps
de : Madsen, Sven Age
Le truc quand vous partez d'un pays, c'est qu'on vous fait des cadeaux. Certains se boivent, ils sont donc vite liquidés, d'autres… vous les regardez avec un œil usé, bouaif somme toute je pars.En nostalgique déracinable que je suis, j'ai lu les nouvelles surréalistes de Sven Age Madsen, empereur du surréalisme danois, histoire de.
Bon c'est un recueil de nouvelles, mais elles sont de longueur si inégale qu'on retient surtout la première, éponyme, qui est, de loin, la plus longue. Logique autrement le bouquin ne se vendrait pas. Comme je ne lis pas encore, ni jamais God forbid, le danois couramment, c'est en traduction, -bien la traduction- , que je l'ai lu ; j'encourage vivement les danophones parmi nous à le lire en VO….
C'est tout simple, il s'agit de vivre dans un corps et être colloc de ce corps avec son épouse décédée. C'est tordu, c'est du Sven Age Madsen, le Cerveau, comme on l'appelle, un matheux qui réussit un tour de passe-passe de surréalisme quasi scientifique.
Certes, c'est alambiqué à souhait, plein de rebondissements dignes des meilleurs romans gothiques british, mais c'est fort bien fait, on s'apprête à laisser tomber et puis, non, finalement ça repart, bien.
En deux mots, la femme Thelma va mourir d'une maladie grave, le mari, Gary lui propose de l'héberger dans son corps. On se dit alors qu'il s'agit de spiritualisme d'histoire à l'eau de rose « and she lived forever in his mind and body ». Que nenni dears. Par un procédé scientifique non testé, il transfère son énergie à elle en lui ; c'est peu crédible, mais là n'est pas le souci, ça fonctionne.
Parce que le style est là pour compenser les incohérences, et on se perd à ne plus savoir s'ils sont un ou deux. Un corps, deux identités, deux passés, deux sensibilités, séparées mais trop proches ; et c'est bien là que le bât blesse trop proches. Le plus étonnant c'est que « le Cerveau » arrive à faire de cette situation complexe, qui pousse à l'introspection et à l'analyse, une situation comique. Ils se différencient tout d'abord par leur sensibilité à l'odeur de l'huile de foie de morue, si si c'est vrai. Ensuite par leur attirance, l'homme est attiré par une femme dans les rues de Reykjavik, mais il est aussi réveillé abruptement par les rêves érotiques et lesbiens de sa femme qu'il héberge en lui. Bref on se marre de temps à autre! Enfin moi oui.
Tout cela se complique un peu trop quand l'aspect « scientifique » intervient et on perd pied. Après de longs voyages, de grands échecs, ils se retrouvent au milieu de nulle part, quelque part où on parle de drôles de langue, et décident de faire l'invention du siècle : une lunette à détecter tous les sentiments et humeurs de l'être humain, non ceci n'est pas un anglicisme, je vous rassure, c'est lui qui le dit. Franchement c'est le moment où je me suis dit qu'il était temps de passer à une autre lecture. I was wrong, once more, deux pages plus loin, c'est reparti : le père de la femme décédée dont le corps est dans le congélateur du laboratoire du mari, apparaît comme cela ; écrivain raté il vient, avec un livre qui raconte cette histoire et qui commence de la même façon. Jolie mise en abyme, enfin jolie, du réchauffé yes, à la sauce danoise. C'est-à-dire un peu indigeste mais réconfortant, en ces temps de disette.
Fin un peu lourdaude tout de même, car après toutes ces élucubrations, on en revient à se demander si tout simplement le mari n'a pas tué sa femme, on passe.
Les autres nouvelles de ce recueil sont du même acabit sauf qu'elles gagnent à être plus courtes et elles perdent à être plus courtes. Je m'explique, on perd en complexité ce que l'on gagne en pertinence, si vous me suivez.
Dans ce recueil, j'en laisse, pas beaucoup, mais j'en laisse car elles sont simplement bêtement narratives et que la narration, on passe.
Trois autres qui valent le détour : « Hors de soi », amusante et guillerette, « En allant au cimetière », intrigante et bien ficelée, mais du déjà-vu (je me demande encore où j'ai déjà lu ou vu la même histoire) et la troisième, « Leurrée », qui, pareil, me rappelle un truc, mais bon je ne me souviens plus, l'âge sans doute
Ces trois là ont en commun de se situer entre le possible et l'improbable avec variations à la clé. C'est du surréalisme soft si ça existe, amusant rocambolesque, un peu convenu, mais ça se lit bien.
Pour ceux qui aiment l'art plastique surréaliste, du genre Max Ernst ou Wilhelm Freddie pour rester dans du dano-danois (je recommande par ailleurs, pas la fin mais le début de Wilhelm Freddie), « Hors de soi » c'est du pur déconstructivisme, c'est court, c'est bon la déconstruction short. L'homme, laid, veut danser avec la femme, belle, et se propose d'emprunter aux autres leurs plus beaux atours (du genre nez etc.) Bref, soit c'est déjanté, soit une recette pour draguer avec un chouia de bagout.
« En allant au cimetière » est l'histoire somme toute banale d'un type qui en renverse un autre en voiture et le tue. Là où j'ai aimé, c'est que l'intrigue est bien ficelée, bon ça me rappelle quelque chose du style dan sla peau d'un autre, mais c'est finement écrit.
Enfin , last but not least, « Leurrée » qui là aussi rappelle d'autres histoires, femme laide amoureuse d'homme beau (il doit avoir une sacrée tronche l'écrivain, vu que ça revient) invente une histoire d'amour et reste prisonnière de son alter ego, fictif, femme ensorceleuse et traîtresse.
A lire, pour les un peu fêlés, pas trop, cela reste convenu, mis à part la plus longue «La femme sans corps » qui m'a étonnée, les rouages sont si bien huilés qu'on se laisse prendre dans cette histoire sans queue et avec une seule tête pour deux.
de : Madsen, Sven Age
Le truc quand vous partez d'un pays, c'est qu'on vous fait des cadeaux. Certains se boivent, ils sont donc vite liquidés, d'autres… vous les regardez avec un œil usé, bouaif somme toute je pars.En nostalgique déracinable que je suis, j'ai lu les nouvelles surréalistes de Sven Age Madsen, empereur du surréalisme danois, histoire de.
Bon c'est un recueil de nouvelles, mais elles sont de longueur si inégale qu'on retient surtout la première, éponyme, qui est, de loin, la plus longue. Logique autrement le bouquin ne se vendrait pas. Comme je ne lis pas encore, ni jamais God forbid, le danois couramment, c'est en traduction, -bien la traduction- , que je l'ai lu ; j'encourage vivement les danophones parmi nous à le lire en VO….
C'est tout simple, il s'agit de vivre dans un corps et être colloc de ce corps avec son épouse décédée. C'est tordu, c'est du Sven Age Madsen, le Cerveau, comme on l'appelle, un matheux qui réussit un tour de passe-passe de surréalisme quasi scientifique.
Certes, c'est alambiqué à souhait, plein de rebondissements dignes des meilleurs romans gothiques british, mais c'est fort bien fait, on s'apprête à laisser tomber et puis, non, finalement ça repart, bien.
En deux mots, la femme Thelma va mourir d'une maladie grave, le mari, Gary lui propose de l'héberger dans son corps. On se dit alors qu'il s'agit de spiritualisme d'histoire à l'eau de rose « and she lived forever in his mind and body ». Que nenni dears. Par un procédé scientifique non testé, il transfère son énergie à elle en lui ; c'est peu crédible, mais là n'est pas le souci, ça fonctionne.
Parce que le style est là pour compenser les incohérences, et on se perd à ne plus savoir s'ils sont un ou deux. Un corps, deux identités, deux passés, deux sensibilités, séparées mais trop proches ; et c'est bien là que le bât blesse trop proches. Le plus étonnant c'est que « le Cerveau » arrive à faire de cette situation complexe, qui pousse à l'introspection et à l'analyse, une situation comique. Ils se différencient tout d'abord par leur sensibilité à l'odeur de l'huile de foie de morue, si si c'est vrai. Ensuite par leur attirance, l'homme est attiré par une femme dans les rues de Reykjavik, mais il est aussi réveillé abruptement par les rêves érotiques et lesbiens de sa femme qu'il héberge en lui. Bref on se marre de temps à autre! Enfin moi oui.
Tout cela se complique un peu trop quand l'aspect « scientifique » intervient et on perd pied. Après de longs voyages, de grands échecs, ils se retrouvent au milieu de nulle part, quelque part où on parle de drôles de langue, et décident de faire l'invention du siècle : une lunette à détecter tous les sentiments et humeurs de l'être humain, non ceci n'est pas un anglicisme, je vous rassure, c'est lui qui le dit. Franchement c'est le moment où je me suis dit qu'il était temps de passer à une autre lecture. I was wrong, once more, deux pages plus loin, c'est reparti : le père de la femme décédée dont le corps est dans le congélateur du laboratoire du mari, apparaît comme cela ; écrivain raté il vient, avec un livre qui raconte cette histoire et qui commence de la même façon. Jolie mise en abyme, enfin jolie, du réchauffé yes, à la sauce danoise. C'est-à-dire un peu indigeste mais réconfortant, en ces temps de disette.
Fin un peu lourdaude tout de même, car après toutes ces élucubrations, on en revient à se demander si tout simplement le mari n'a pas tué sa femme, on passe.
Les autres nouvelles de ce recueil sont du même acabit sauf qu'elles gagnent à être plus courtes et elles perdent à être plus courtes. Je m'explique, on perd en complexité ce que l'on gagne en pertinence, si vous me suivez.
Dans ce recueil, j'en laisse, pas beaucoup, mais j'en laisse car elles sont simplement bêtement narratives et que la narration, on passe.
Trois autres qui valent le détour : « Hors de soi », amusante et guillerette, « En allant au cimetière », intrigante et bien ficelée, mais du déjà-vu (je me demande encore où j'ai déjà lu ou vu la même histoire) et la troisième, « Leurrée », qui, pareil, me rappelle un truc, mais bon je ne me souviens plus, l'âge sans doute
Ces trois là ont en commun de se situer entre le possible et l'improbable avec variations à la clé. C'est du surréalisme soft si ça existe, amusant rocambolesque, un peu convenu, mais ça se lit bien.
Pour ceux qui aiment l'art plastique surréaliste, du genre Max Ernst ou Wilhelm Freddie pour rester dans du dano-danois (je recommande par ailleurs, pas la fin mais le début de Wilhelm Freddie), « Hors de soi » c'est du pur déconstructivisme, c'est court, c'est bon la déconstruction short. L'homme, laid, veut danser avec la femme, belle, et se propose d'emprunter aux autres leurs plus beaux atours (du genre nez etc.) Bref, soit c'est déjanté, soit une recette pour draguer avec un chouia de bagout.
« En allant au cimetière » est l'histoire somme toute banale d'un type qui en renverse un autre en voiture et le tue. Là où j'ai aimé, c'est que l'intrigue est bien ficelée, bon ça me rappelle quelque chose du style dan sla peau d'un autre, mais c'est finement écrit.
Enfin , last but not least, « Leurrée » qui là aussi rappelle d'autres histoires, femme laide amoureuse d'homme beau (il doit avoir une sacrée tronche l'écrivain, vu que ça revient) invente une histoire d'amour et reste prisonnière de son alter ego, fictif, femme ensorceleuse et traîtresse.
A lire, pour les un peu fêlés, pas trop, cela reste convenu, mis à part la plus longue «La femme sans corps » qui m'a étonnée, les rouages sont si bien huilés qu'on se laisse prendre dans cette histoire sans queue et avec une seule tête pour deux.
Chronique postée le 11/09/2009 et signée valskibalski
"Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo et Spirou, ça c'est de la lecture, le reste, bouaif."
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Divers : traduction de Monique Christiansen, Editions Circé Août 2009
Pays de l'auteur (Madsen, Sven Age) : Danemark
Informations géographiques : n/a
Informations temporelles : n/a
"Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo et Spirou, ça c'est de la lecture, le reste, bouaif."
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Divers : traduction de Monique Christiansen, Editions Circé Août 2009
Pays de l'auteur (Madsen, Sven Age) : Danemark
Informations géographiques : n/a
Informations temporelles : n/a