Red Harvest
de : Hammett, Dashiell

Il était temps de s'attaquer à Hammett, alors que même le maître Chandler le considère comme son maître. "Comment puis-je battre le maître de mon maître ?" pensent les plus nerds et cas désespérés d'entre v(n)ous... Je suis désolé si j'ai ranimé des souvenirs d'enfance fâcheux avec cette, somme tout modeste, petite référence. Tout de même, mince, le maître de mon maître !

Parce que ça faisait un moment que je le cherchais celui-ci. J'ai la fâcheuse manie d'aimer la chronologie, en matière de bouquins. J'aime commencer par le premier. Je sais, c'est fort peu original, mais c'est comme ça, il est des fois où un peu de classicisme ne fait pas de mal. J'ai essayé de lire des livres en commençant par la fin et ça n'a guère été probant. Donc, émoustillé comme il se doit par les éloges de celui qui est en passe de devenir l'un de mes auteurs favoris, Raymond Chandler, j'ai métaphoriquement couru après le premier roman de Dashiell Hammett avec un succès que je qualifierais de tout relatif. Je me suis pris des vestes comme jamais. Il a fallut que je mette les pieds dans une librairie californienne pour en trouver treize à la douzaine : des neufs, des vieux, de recueils, en veux-tu en voilà. Evidemment, il eut été plus approprié d'acheter ce livre à Los Angeles, histoire de rester dans la référence, mais bon, à l'échelle du pays de la liberté et des panneaux d'interdictions de quatre pieds de haut, ça ne fait pas si loin que ça. Ca n'est pas grave, ça se mérite, ça fait Graal et aussi ça me donne l'impression d'être un fin connaisseur, de ne pas lire de l'autre niais en tête de gondole. D'ailleurs dans la plus grande vitrine de la plus grande librairie de ce qui me sert de lieu de vie, devinez qui se vautre dans la luxure et les présentoirs. Je vous le donne en mil: le père Brown et sa dernière oeuvre.
Alors que les bons bouquins on peine à les trouver...
Bref, il y a des petits morceaux de métal à la forme oblongue qui se perdent, c'est moi qui vous le dit.

Je dois avouer que j'avais de hautes espérances dans ce bouquin-ci. Maintenant que je me suis un peu énervé je vais pouvoir aller me calmer avec un bourbon, ça me remettra direct dans l'ambiance.

Il ne m'a pas déçu. Le livre. Pas le whisky, encore que le bourbon me déçoive rarement. Mais le livre, donc... Loin s'en faut.

Résumer l'intrigue va être difficile, je vais le faire par référence : c'est l'homme des hautes-plaines au pays du roman noir/privé/imper. Avec ça, on est bien avancé, me direz-vous si vous n'êtes pas familier du sus-cité homme des sus-citées hautes plaines. Disons qu'un type qui fait partie d'une agence de détectives privés est appelé à la rescousse dans une ville et qu'il finit par la mettre à feu et à sang (c'est plus ou moins une figure de style) parce qu'on l'empêche de faire son travail, qu'on lui tire un peu trop de dessus (et des fois c'est même les gens qui l'ont employé qui lui font tirer dessus, ce qui à mon avis devrait être dans les clauses du contrat avec la mention "rupture de" associée...) et que, mince à la fin, c'est vraiment trop le souk ici !
De toute facon la ville est miteuse : "an ugly city of forty thousand people, set in an ugly notch between two ugly mountains that had been all dirtied up by mining. Spread over this was a grimy sky that looked as if it had come out of smelters' stacks.", selon le héros. Ca fait beaucoup de "ugly".

Parlons-en du héros tiens, un sacré fils de chienne ! Pardon. J'écris cette chronique dans le désordre (oui oui, ca contredit complètement la maniaquerie chronologique que j'ai répandue au dessus, et alors ? On peut être maniaque *et* inconsistant, non ?) et je suis retombé dans mes souvenirs western, vous comprendrez quand vous y serez. Donc le héros est une sacrée peau de hareng (Et voilà, je fais dans le local... c'est malin) ! Il est d'un cynisme magistral. On comprend où Chandler à pêché son Marlow, même si finalement Philip Marlow est en quelque sorte gentil, en comparaison de ce héros sans nom : "the continental op". Hammett est aussi le papa de Sam Spade, qui viendra après (oui oui, chronologie, ceci-celà) et donc tantôt dans Bookine.

Je ne vais pas vous raconter la fin mais des cadavres il y en aura. Et des répliques qui tuent aussi. Même des fois c'est lié. Du grand art.

Mais l'aventure ne s'arrête pas là, elle continue dans la vraie vie avec la très intéressante histoire du livre et de ses adaptations cinématographiques. "Yojimbo" de Kuruzawa est sensé être une adaptation fidéle du livre. Kuruzawa qui, soit-disant, cite toujours ses sources aurait réfuté en bloc. Ceci dit, ça continue avec le superbe "Fistfull of dollars" de Leone qui s'est battu pour ne pas avoir à payer Kuruzawa parce qu'il avait adapté "Yojimbo", et il aurait perdu, d'ailleurs. Puis vint "Mad Max III", he oui... puis enfin "Last Man Standing" lesquels auraient fait la sourde oreille sur des menaces de procès comme quoi ils auraient tout repompé sur je ne sais plus lequel des pré-cités. Epique ! Il doit bien y avoir un peu de Shakespeare aussi là-dedans, non ? Je veux dire un mec qui profite de deux camps qui s'affrontent pour faire du profit, il a bien dû déjà la faire celle-là...

Donc Hammett c'est du tout bon, vous pouvez y aller. La suite apparaitra sans nul doute dans bookine quand j'arriverai à mettre les mains dessus. Si il faut re-traverser l'Atlantique, je le ferai !
Chronique postée le 21/09/2009 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"

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Divers : ...
Pays de l'auteur (Hammett, Dashiell) : USA

Informations géographiques : Personville aka Poisonville (inspiré par Butte, Montana)
Informations temporelles : écrit en 1929 et sans doute contemporain...

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Du même auteur dans Bookine :
The Maltese Falcon, par Hern42.