
Space Cadet
de : Heinlein, Robert A.
Avec le pédigré de certains membres de Bookine, il est assez troublant que l'on ne trouve pas plus de science-fiction dans ces pages. Moi ça me trouble, mais peut-être je suis aisément troublé, d'ailleurs l'autre jour j'ai ressenti un certain trouble devant un épisode de Mannix particulièrement sensuel (oui il faut avoir mon age pour 1. connaître Mannix, 2. trouver ça drôle...). Ca doit être moi.
Alors effectivement il y a régulièrement de la fantasy ; tout à une certaine quête de la qualité dans le barbare à hache plus deux, ou pourrait-on dire un certain jeunisme, voire un manque de maturité certain (aussi) de la part de l'écritoriat (on le dit pas ça hein ? pourtant lectorat existe...). Toujours est-il que, à chaque fois quasiment, je prends une gaufre et un coup de vieux. A chaque fois que je tente soit de lire la production actuelle, soit de relire un de ces inénarrables cycles de mon enfance qui me fit rêver et fit de moi le névrosé que je suis, c'est la catastrophe et je n'en fini pas de pester contre cette cabale internationale (voire mondiale, si ce n'est universelle, il doit y avoir une façon d'y voir un complot gouvernemental avec des aliens ou des dimensions parallèles là dedans, et puisque Mulder et Scully sont à la retraite, j'en appelle à Olivia et Peter !) qui vise à ne pas satisfaire mes envies barbaresques et littéraires. N'y aurait-il qu'un Salammbô ?
Mais ici, point d'épées aux formes farfelues, même si l'auteur a aussi écrit de la fantasy. Car Robert Heinlein, à ne pas confondre avec Robert Dylan, est un vieux briscard de la SF, il en a plus à son compte qu'on le croit et on l'a vu sans l'avoir et sans le savoir, à la manière d'un Monsieur Jourdain, pour peu qu'on ait l'oeil curieux au cinéma. "Starship Troopers" (1959 pour le livre, 1997 pour le film), c'est lui. Et ce n'est pas que de la boucherie d'alien insectoïde, ça a été en fait écrit pour contrer ou au moins planter une épine dans le pied de la politique américaine de son temps. "The Puppet Masters" (1951), c'est lui aussi et il y a des chances pour que "Invasion of the Body Snatchers" ait été pas mal influencé par ce livre... Bref, il y a beaucoup de Heinlein qu'on connaît sans connaître, un peu comme son compatriote Philip K. Dick. Il faut dire que le type était quand même sacrément balaise et visionnaire, on en a crucifié pour moins que ça. Il a tout de même, dans le présent bouquin, écrit en 1948, envisagé le four à micro-ondes et le téléphone portable ! Deux des achèvements technologiques et sociaux des plus importants de l'Histoire de l'Humanité. Hein, quoi ? du cynisme, mais non, pensez-vous...
L'idée est relativement simple : quelques jeunes gens de différentes planètes se rencontrent et connaissent les joies de l'internat à l'académie de l'espace, puis effectue une première mission qui est un désastre sans nom mais dont ils se sortent avec brio, les mettant aux rangs des officiers les plus prometteurs, blablabla... Et l'écriture va avec, sans fioriture, efficace et concise.
Alors, me direz-vous, si le scénario ne "déchire pas sa maman", que l'écriture ne "tue pas tout", pourquoi donc se lancer dans le livre ? D'abord se lancer dans le livre est une mauvaise idée qui se terminera assurément par une bosse ou une déconvenue, dépendant de là où est posé le livre. Ensuite, parce que c'est bien. Point. Parce qu'il faut le remettre en contexte et se rendre compte de ce que toute la production de littérature de science-fiction qui a suivi doit à Heinlein. Et aussi parce que l'écriture ne fait pas vieillotte comme parfois dans un Ray Bradbury. Je vais probablement déchaîner des bordées de jurons et d'anathèmes parmi certains lecteurs de bookine mais j'ai toujours trouvé extrêmement pénible, pour ne pas dire chiante, la lecture de ses chroniques martiennes (écrites et publiées sensiblement à la même époque). Désolé. Il y a une certaine modernité dans la science-fiction de Heinlein, peut-être est-ce parce qu'il prend bien soin de ne pas trop en dire et donc il ne dit pas trop d'âneries non plus. Dans science-fiction il y a science (oui oui, je vais finir par le lire, ce bon vieux Stanislas Lem, et vous faire un compte rendu de sa pensée sur le sujet, un peu de patience... je suis dans de la pavasse allemande en ce moment...) et il serait bon de ne pas la rendre trop obsolète tout de suite. Les meilleurs romans de science-fiction, finalement sont ceux qui ne font pas trop lever le sourcil au prof de physique qui sommeille en nous.
Mais comme je l'ai dit plus haut, de nombreux thèmes sont traités dans ce roman, autres que les aventures de quelques jeunes gens qui font les soldats et deviennent des hommes, sacrebleu ! Non qu'il faille y voir un épisode qui ne peut être qu'anecdotique pour qui n'a pas vécu la vie d'une jeune recrue, que nenni. Il y a plus. A travers certaines conversations, notamment entre le jeune Matt (plus ou moins le héros du livre) et ses parents, on découvre la peur de la "guerre des étoiles", la vraie, celle où on se demandait si les USA n'allaient pas mettre en orbite des satellites qui balanceraient des pruneaux atomiques vers la Terre, pardon, vers ces cochons de rouges ! Et surtout si ils n'en viendraient pas à "nuker" leur propre pays... C'est un peu l'histoire de "qui contrôle les contrôleurs ?", "who watches the watchmen?" qui est un sujet plus ancien que ce que l'actualité hollywoodienne veut bien nous faire croire. Déjà chez les grecs... Bref. Ca et le racisme aussi, relativement bien mené avec les vénusiens (et avec la plus grosse bourde du bouquin, une Vénus habitable même si désagréable, mais il est possible qu'à l'époque on ne le sût pas, je ne suis pas historien de l'astrophysique...), montrent si besoin est que ce livre est bien plus qu'un roman de gare.
Cependant, moi ce qui m'a le plus fasciné, je crois, c'est l'impact évident qu'il a dû avoir, ce bouquin. Pensez un peu, deux de mes romans les plus chers sont finalement que des redites de celui-ci. "Ender's Game" et "Speaker for the Dead", quand Scott Card était au top de sa forme (ne me laissez pas partir dans une diatribe enflammée sur ce qu'il est devenu, s'il vous plaît, pour ma tension...), sont bien plus qu'influencés par "Space Cadet" finalement. Cela ne leur enlève pas leur mérite, ils sont parmi ces rares qui passent toujours avec succès le test de la relecture... Le thème globale du premier, il faudrait être Dan Brown pour penser que c'est original après avoir lu "Space Cadet", et le second reprend bien à son compte le thème du racisme : ce sont des sauvages, regardez moi leur niveau technologique, alors qu'en fait c'est juste une différence de culture. Le mythe du "Varelse, pas Ramen." qui m'avait tellement fait réfléchir à l'époque. Encore une fois je ne vais pas faire volte-face et brûler les deux Scott Card dans une parodie d'autodafé dans mon salon, le parquet n'y survivrait sans doute pas, mais tout de même, ça remet pour ainsi dire les choses à leur place. On pourrait disséquer à l'envie d'autres aspects et d'autres romans, mais il est temps de clore cette chronique et de chercher qui fera les frais de la prochaine incartade science-fictionnesque.
Si j'arrive à mettre la main sur les bouquins manquant dans ma collection de premières éditions albionnes de la "Geste des Princes-Démons" de Jack Vance, il y a moyen que je m'énerve un peu... Je n'ai pas trop eu de chance, ceux que j'ai trouvés au détour d'une étagère qui sentait bon la naphtaline et d'un vieux qui sentait aussi la naphtaline, tiens maintenant que j'y repense... Ceux-ci donc, avant que ces fameuses éditions ne me fasse le coup de la madeleine, je n'en ai trouvé que les numéros deux et quatre, sur un cycle de cinq, ça fait maigre et je ne peux même pas le commencer... Quel suspense !
de : Heinlein, Robert A.
Avec le pédigré de certains membres de Bookine, il est assez troublant que l'on ne trouve pas plus de science-fiction dans ces pages. Moi ça me trouble, mais peut-être je suis aisément troublé, d'ailleurs l'autre jour j'ai ressenti un certain trouble devant un épisode de Mannix particulièrement sensuel (oui il faut avoir mon age pour 1. connaître Mannix, 2. trouver ça drôle...). Ca doit être moi.
Alors effectivement il y a régulièrement de la fantasy ; tout à une certaine quête de la qualité dans le barbare à hache plus deux, ou pourrait-on dire un certain jeunisme, voire un manque de maturité certain (aussi) de la part de l'écritoriat (on le dit pas ça hein ? pourtant lectorat existe...). Toujours est-il que, à chaque fois quasiment, je prends une gaufre et un coup de vieux. A chaque fois que je tente soit de lire la production actuelle, soit de relire un de ces inénarrables cycles de mon enfance qui me fit rêver et fit de moi le névrosé que je suis, c'est la catastrophe et je n'en fini pas de pester contre cette cabale internationale (voire mondiale, si ce n'est universelle, il doit y avoir une façon d'y voir un complot gouvernemental avec des aliens ou des dimensions parallèles là dedans, et puisque Mulder et Scully sont à la retraite, j'en appelle à Olivia et Peter !) qui vise à ne pas satisfaire mes envies barbaresques et littéraires. N'y aurait-il qu'un Salammbô ?
Mais ici, point d'épées aux formes farfelues, même si l'auteur a aussi écrit de la fantasy. Car Robert Heinlein, à ne pas confondre avec Robert Dylan, est un vieux briscard de la SF, il en a plus à son compte qu'on le croit et on l'a vu sans l'avoir et sans le savoir, à la manière d'un Monsieur Jourdain, pour peu qu'on ait l'oeil curieux au cinéma. "Starship Troopers" (1959 pour le livre, 1997 pour le film), c'est lui. Et ce n'est pas que de la boucherie d'alien insectoïde, ça a été en fait écrit pour contrer ou au moins planter une épine dans le pied de la politique américaine de son temps. "The Puppet Masters" (1951), c'est lui aussi et il y a des chances pour que "Invasion of the Body Snatchers" ait été pas mal influencé par ce livre... Bref, il y a beaucoup de Heinlein qu'on connaît sans connaître, un peu comme son compatriote Philip K. Dick. Il faut dire que le type était quand même sacrément balaise et visionnaire, on en a crucifié pour moins que ça. Il a tout de même, dans le présent bouquin, écrit en 1948, envisagé le four à micro-ondes et le téléphone portable ! Deux des achèvements technologiques et sociaux des plus importants de l'Histoire de l'Humanité. Hein, quoi ? du cynisme, mais non, pensez-vous...
L'idée est relativement simple : quelques jeunes gens de différentes planètes se rencontrent et connaissent les joies de l'internat à l'académie de l'espace, puis effectue une première mission qui est un désastre sans nom mais dont ils se sortent avec brio, les mettant aux rangs des officiers les plus prometteurs, blablabla... Et l'écriture va avec, sans fioriture, efficace et concise.
Alors, me direz-vous, si le scénario ne "déchire pas sa maman", que l'écriture ne "tue pas tout", pourquoi donc se lancer dans le livre ? D'abord se lancer dans le livre est une mauvaise idée qui se terminera assurément par une bosse ou une déconvenue, dépendant de là où est posé le livre. Ensuite, parce que c'est bien. Point. Parce qu'il faut le remettre en contexte et se rendre compte de ce que toute la production de littérature de science-fiction qui a suivi doit à Heinlein. Et aussi parce que l'écriture ne fait pas vieillotte comme parfois dans un Ray Bradbury. Je vais probablement déchaîner des bordées de jurons et d'anathèmes parmi certains lecteurs de bookine mais j'ai toujours trouvé extrêmement pénible, pour ne pas dire chiante, la lecture de ses chroniques martiennes (écrites et publiées sensiblement à la même époque). Désolé. Il y a une certaine modernité dans la science-fiction de Heinlein, peut-être est-ce parce qu'il prend bien soin de ne pas trop en dire et donc il ne dit pas trop d'âneries non plus. Dans science-fiction il y a science (oui oui, je vais finir par le lire, ce bon vieux Stanislas Lem, et vous faire un compte rendu de sa pensée sur le sujet, un peu de patience... je suis dans de la pavasse allemande en ce moment...) et il serait bon de ne pas la rendre trop obsolète tout de suite. Les meilleurs romans de science-fiction, finalement sont ceux qui ne font pas trop lever le sourcil au prof de physique qui sommeille en nous.
Mais comme je l'ai dit plus haut, de nombreux thèmes sont traités dans ce roman, autres que les aventures de quelques jeunes gens qui font les soldats et deviennent des hommes, sacrebleu ! Non qu'il faille y voir un épisode qui ne peut être qu'anecdotique pour qui n'a pas vécu la vie d'une jeune recrue, que nenni. Il y a plus. A travers certaines conversations, notamment entre le jeune Matt (plus ou moins le héros du livre) et ses parents, on découvre la peur de la "guerre des étoiles", la vraie, celle où on se demandait si les USA n'allaient pas mettre en orbite des satellites qui balanceraient des pruneaux atomiques vers la Terre, pardon, vers ces cochons de rouges ! Et surtout si ils n'en viendraient pas à "nuker" leur propre pays... C'est un peu l'histoire de "qui contrôle les contrôleurs ?", "who watches the watchmen?" qui est un sujet plus ancien que ce que l'actualité hollywoodienne veut bien nous faire croire. Déjà chez les grecs... Bref. Ca et le racisme aussi, relativement bien mené avec les vénusiens (et avec la plus grosse bourde du bouquin, une Vénus habitable même si désagréable, mais il est possible qu'à l'époque on ne le sût pas, je ne suis pas historien de l'astrophysique...), montrent si besoin est que ce livre est bien plus qu'un roman de gare.
Cependant, moi ce qui m'a le plus fasciné, je crois, c'est l'impact évident qu'il a dû avoir, ce bouquin. Pensez un peu, deux de mes romans les plus chers sont finalement que des redites de celui-ci. "Ender's Game" et "Speaker for the Dead", quand Scott Card était au top de sa forme (ne me laissez pas partir dans une diatribe enflammée sur ce qu'il est devenu, s'il vous plaît, pour ma tension...), sont bien plus qu'influencés par "Space Cadet" finalement. Cela ne leur enlève pas leur mérite, ils sont parmi ces rares qui passent toujours avec succès le test de la relecture... Le thème globale du premier, il faudrait être Dan Brown pour penser que c'est original après avoir lu "Space Cadet", et le second reprend bien à son compte le thème du racisme : ce sont des sauvages, regardez moi leur niveau technologique, alors qu'en fait c'est juste une différence de culture. Le mythe du "Varelse, pas Ramen." qui m'avait tellement fait réfléchir à l'époque. Encore une fois je ne vais pas faire volte-face et brûler les deux Scott Card dans une parodie d'autodafé dans mon salon, le parquet n'y survivrait sans doute pas, mais tout de même, ça remet pour ainsi dire les choses à leur place. On pourrait disséquer à l'envie d'autres aspects et d'autres romans, mais il est temps de clore cette chronique et de chercher qui fera les frais de la prochaine incartade science-fictionnesque.
Si j'arrive à mettre la main sur les bouquins manquant dans ma collection de premières éditions albionnes de la "Geste des Princes-Démons" de Jack Vance, il y a moyen que je m'énerve un peu... Je n'ai pas trop eu de chance, ceux que j'ai trouvés au détour d'une étagère qui sentait bon la naphtaline et d'un vieux qui sentait aussi la naphtaline, tiens maintenant que j'y repense... Ceux-ci donc, avant que ces fameuses éditions ne me fasse le coup de la madeleine, je n'en ai trouvé que les numéros deux et quatre, sur un cycle de cinq, ça fait maigre et je ne peux même pas le commencer... Quel suspense !
Chronique postée le 19/10/2009 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"
---
Divers : écrit en 1948
Pays de l'auteur (Heinlein, Robert A.) : USA
Informations géographiques : le futur
Informations temporelles : le futur aussi
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"
---
Divers : écrit en 1948
Pays de l'auteur (Heinlein, Robert A.) : USA
Informations géographiques : le futur
Informations temporelles : le futur aussi