
The fountainhead
de : Rand, Ayn
Les oeuvres de Ayn Rand font des apparitions régulières dans diverses choses (à défaut d'un beau mot générique à l'étymologie outrecuidante pour l'ensemble mathématique [série-télévisée, webcomic, romans de SF], mais plus ou moins toujours à tendance nerdique) que je suis. Du verbe suivre, je ne suis pas une oeuvre, ça se saurait, non plus qu'une chose, encore que... A un tel point que je me suis senti un peu persécuté, un moment de désespoir littéraire est vite arrivé.
Pour commencer je ne comprends pas le titre de ce bouquin, c'est bien parti. Je veux dire je comprendrais (même dans le sens de ce qui me semblait être l'objectif du livre) "The figurehead", ce qui de surcroît résonnerait (voire raisonnerait) avec le beau morceau de poésie musicale noirâtre de qui l'on sait mais que l'on n'avoue peu aimer. Mais "The fountainhead" non là, vraiment, je ne vois pas...
Ce n'est pas bien grave dans la mesure où il y a nombreuses choses que je en comprends pas dans ce livre. J'ai un peu l'impression de lire un ouvrage destiné à un érudit alors que je viens à peine de sortir de la série verte (no offence meant, Michel et compagnie ont bercé un morceau de ma jeunesse alors que j'embarquais des monceaux de bouquins - mais jamais assez, ça finissait toujours par la lecture du livre de bord - pendant mes vacances solitaires en croisière familiale...) et que j'attaque les mots croisés de Femmes Actuelles (TM) avec un acharnement qui n'aura de cesse que m'attirer les quolibets de mes camarades de chambrée au temps de la prépa.
J'ai l'impression de ne pas être mûr.
Et je ne parle pas que de littérature. (Rime riche?)
Alors, certains ne tarissent pas d'éloges sur Ayn Rand sous l'abscons prétexte que c'est une femme apparemment. Que dis-je, La femme écrivain(e) de l'Amérique du Nord à en croire ces critiques qui jonchent les quatrièmes de couverture, donnant du "livre de la décennie", "bestseller of its time", etc. sans jamais mentionner quel décennie et temps au juste, ce qui rend la tentative risible pour peu qu'on s'adonne à ce genre de plaisir coupable. Toujours est-il que Miss Rand apparemment a donné naissance à sa propre philosophie : l'objectivisme, tout du long de son oeuvre. Je ne suis pas certain de bien saisir de quoi il s'agit, ça non plus.
Cela dit, sans entrer dans un débat de comptoir sur la validité de telle ou telle philosophie, le sujet, l'histoire, l'action même, ont eu raison de nombreuses heures de mon sommeil. Laissez moi vous en toucher deux mots vite fait. Il s'agit un peu de l'histoire des frères ennemis : deux architectes (Howard Roark et Peter Keating) suivent des parcours professionnels euclidiens (je reprends éhontément une expression du bouquin lui-même, référence au parallélisme bien-sûr.), une femme s'en mêle (l'incompréhensible Dominique Francon), le chaos latent fait preuve de ce qu'il sait faire et ça devient vite une guerre de tranchées, à grands coups de tout aussi grands sentiments et de toutes aussi grandes lâchetés comme il se doit. Heee oui, les sentiments ça n'est beau que dans les promesses, et encore souvent au cinéma, même pas sur le papier. Au passage on a droit à une description (a priori relativement appropriée) de la société américaine new-yorkaise de ces années-là, à travers le filtre de l'architecture. J'aime bien ce genre de choses.
On va se débarrasser aussi assez rapidement de l'ombre de Frank Lloyd Wright qui plane sur tout le bouquin. Quiconque ayant suffisamment de culture pour pouvoir tenter de se la jouer en soirée (je dis bien : tenter) connaît les réalisations extraordinaires de cet architecte américain. Le lien est évident, à tel point que Rand a dû s'en expliquer à plusieurs reprises et elle se défend d'avoir basé son livre sur la vie du sus-nommé, en revanche elle ne nie pas avoir été vraiment inspirée par son esprit. Leurs vues politiques et sociales étant plus ou moins à l'opposé du spectre, on pourrait s'attendre à des batailles d'avocats mais en fait non. Il a même dessiné les plans d'une "petite" maison pour elle (en 1937) et ils ont correspondu pendant un bon moment, à la suite d'une prise de contact de la part de Rand lorsqu'elle écrivait "The Fountainhead". Il ne se sont rencontrés qu'après la publication de l'ouvrage. Je passe sur l'embrouillamini qui a éclos (tiens c'est amusant il n'y a pas de passé simple pour "éclore"...) lors de la réalisation du flim tiré du livre. Gary Cooper essaie de camper un Roark convaincant, en se basant sur Lloyd Wright alors que c'est pas lui, hein, on l'a déjà dit, il pourrait suivre Gary... Alors je crois savoir que Ayn s'est fâchée toute rouge et a renié le flim ou un truc du genre, alors qu'elle collabora à l'écriture du script. Epique, pas comme le flim apparemment. Ceci dit, le choix de Patricia Neal dans le rôle de Dominique Francon a du chien, mais je suis totalement partial devant l'esthétique des femmes des années cinquante/soixante.
La fin du livre, pour en revenir à nos moutons, a été dure à descendre...
On ne peut pas dire que ce livre se lise tout seul, l'expression qui me vient à l'esprit ici est "retourner au charbon" à chaque fois que je m'y attelais. Mais en fait il était impossible de ne pas y aller finalement, au charbon, car les personnages vous attrapent et ne vous laissent pas en paix.
Alors finalement qu'est-ce qu'on peut bien en penser de cette philosophie de l'objectivisme qu'elle a inventée Ayn Rand là ? En deux mots elle prétend - et c'est remarquablement bien démontré dans le bouquin d'ailleurs, même si des fois on se surprend à dire "oui oui, bin ça va on a compris, conclut !" - que le monde avance non pas par l'altruisme mais pas l'égotisme (et là il me semble avoir compris que ça n'était pas la même chose que l'égoïsme) mais que le chemin est dur pour ceux-là. Elle définit le monde en deux catégories (respectivement selon les deux qualités précédemment citées) : les suiveurs et les créateurs. Roark est évidemment l'archétype du créateur, qui va en baver des ronds de chapeau pour vaincre à la fin, un peu comme Colombo. Je ne suis que partiellement d'accord, tout à mon combat intérieur avec l'égoïsme. J'ai du mal à avaler que l'égoïsme puisse être une valeur positive. Et voilà je mélange encore mes pinceaux et les deux versions du mot en ego-, flute alors... Ceci étant dit elle fait bien passer son héros égotique comme un sale con, par moment, même si finalement elle nous le rend un peu supermanesque. Il y a des fois tout de même on lui mettrait bien des claques...
Il me faudrait aussi parler d'un autre personnage central du livre : Ellsworth Toohey. Celui-ci je ne le comprend pas, mais alors pas du tout. Encore que moins que Dominique, mais là j'ai une excuse c'est une femme et si je comprenais les femmes j'écrirais un best-seller. Apparemment c'est un gros nul qui n'a d'autre ambition que de détruire toute forme d'excellence comme il le dit lui même (quand il ne se compare pas au Mephisto de Goethe) : "Don’t set out to raze all shrines - you’ll frighten men. Enshrine mediocrity, and the shrines are razed."
Ah bin tiens, je crois que je viens de le comprendre.
Wow, je me demande si je ne viens pas de faire l'expérience de l'épiphanie !
Du coup je vais m'arrêter là avant de finir mystique...
de : Rand, Ayn
Les oeuvres de Ayn Rand font des apparitions régulières dans diverses choses (à défaut d'un beau mot générique à l'étymologie outrecuidante pour l'ensemble mathématique [série-télévisée, webcomic, romans de SF], mais plus ou moins toujours à tendance nerdique) que je suis. Du verbe suivre, je ne suis pas une oeuvre, ça se saurait, non plus qu'une chose, encore que... A un tel point que je me suis senti un peu persécuté, un moment de désespoir littéraire est vite arrivé.
Pour commencer je ne comprends pas le titre de ce bouquin, c'est bien parti. Je veux dire je comprendrais (même dans le sens de ce qui me semblait être l'objectif du livre) "The figurehead", ce qui de surcroît résonnerait (voire raisonnerait) avec le beau morceau de poésie musicale noirâtre de qui l'on sait mais que l'on n'avoue peu aimer. Mais "The fountainhead" non là, vraiment, je ne vois pas...
Ce n'est pas bien grave dans la mesure où il y a nombreuses choses que je en comprends pas dans ce livre. J'ai un peu l'impression de lire un ouvrage destiné à un érudit alors que je viens à peine de sortir de la série verte (no offence meant, Michel et compagnie ont bercé un morceau de ma jeunesse alors que j'embarquais des monceaux de bouquins - mais jamais assez, ça finissait toujours par la lecture du livre de bord - pendant mes vacances solitaires en croisière familiale...) et que j'attaque les mots croisés de Femmes Actuelles (TM) avec un acharnement qui n'aura de cesse que m'attirer les quolibets de mes camarades de chambrée au temps de la prépa.
J'ai l'impression de ne pas être mûr.
Et je ne parle pas que de littérature. (Rime riche?)
Alors, certains ne tarissent pas d'éloges sur Ayn Rand sous l'abscons prétexte que c'est une femme apparemment. Que dis-je, La femme écrivain(e) de l'Amérique du Nord à en croire ces critiques qui jonchent les quatrièmes de couverture, donnant du "livre de la décennie", "bestseller of its time", etc. sans jamais mentionner quel décennie et temps au juste, ce qui rend la tentative risible pour peu qu'on s'adonne à ce genre de plaisir coupable. Toujours est-il que Miss Rand apparemment a donné naissance à sa propre philosophie : l'objectivisme, tout du long de son oeuvre. Je ne suis pas certain de bien saisir de quoi il s'agit, ça non plus.
Cela dit, sans entrer dans un débat de comptoir sur la validité de telle ou telle philosophie, le sujet, l'histoire, l'action même, ont eu raison de nombreuses heures de mon sommeil. Laissez moi vous en toucher deux mots vite fait. Il s'agit un peu de l'histoire des frères ennemis : deux architectes (Howard Roark et Peter Keating) suivent des parcours professionnels euclidiens (je reprends éhontément une expression du bouquin lui-même, référence au parallélisme bien-sûr.), une femme s'en mêle (l'incompréhensible Dominique Francon), le chaos latent fait preuve de ce qu'il sait faire et ça devient vite une guerre de tranchées, à grands coups de tout aussi grands sentiments et de toutes aussi grandes lâchetés comme il se doit. Heee oui, les sentiments ça n'est beau que dans les promesses, et encore souvent au cinéma, même pas sur le papier. Au passage on a droit à une description (a priori relativement appropriée) de la société américaine new-yorkaise de ces années-là, à travers le filtre de l'architecture. J'aime bien ce genre de choses.
On va se débarrasser aussi assez rapidement de l'ombre de Frank Lloyd Wright qui plane sur tout le bouquin. Quiconque ayant suffisamment de culture pour pouvoir tenter de se la jouer en soirée (je dis bien : tenter) connaît les réalisations extraordinaires de cet architecte américain. Le lien est évident, à tel point que Rand a dû s'en expliquer à plusieurs reprises et elle se défend d'avoir basé son livre sur la vie du sus-nommé, en revanche elle ne nie pas avoir été vraiment inspirée par son esprit. Leurs vues politiques et sociales étant plus ou moins à l'opposé du spectre, on pourrait s'attendre à des batailles d'avocats mais en fait non. Il a même dessiné les plans d'une "petite" maison pour elle (en 1937) et ils ont correspondu pendant un bon moment, à la suite d'une prise de contact de la part de Rand lorsqu'elle écrivait "The Fountainhead". Il ne se sont rencontrés qu'après la publication de l'ouvrage. Je passe sur l'embrouillamini qui a éclos (tiens c'est amusant il n'y a pas de passé simple pour "éclore"...) lors de la réalisation du flim tiré du livre. Gary Cooper essaie de camper un Roark convaincant, en se basant sur Lloyd Wright alors que c'est pas lui, hein, on l'a déjà dit, il pourrait suivre Gary... Alors je crois savoir que Ayn s'est fâchée toute rouge et a renié le flim ou un truc du genre, alors qu'elle collabora à l'écriture du script. Epique, pas comme le flim apparemment. Ceci dit, le choix de Patricia Neal dans le rôle de Dominique Francon a du chien, mais je suis totalement partial devant l'esthétique des femmes des années cinquante/soixante.
La fin du livre, pour en revenir à nos moutons, a été dure à descendre...
On ne peut pas dire que ce livre se lise tout seul, l'expression qui me vient à l'esprit ici est "retourner au charbon" à chaque fois que je m'y attelais. Mais en fait il était impossible de ne pas y aller finalement, au charbon, car les personnages vous attrapent et ne vous laissent pas en paix.
Alors finalement qu'est-ce qu'on peut bien en penser de cette philosophie de l'objectivisme qu'elle a inventée Ayn Rand là ? En deux mots elle prétend - et c'est remarquablement bien démontré dans le bouquin d'ailleurs, même si des fois on se surprend à dire "oui oui, bin ça va on a compris, conclut !" - que le monde avance non pas par l'altruisme mais pas l'égotisme (et là il me semble avoir compris que ça n'était pas la même chose que l'égoïsme) mais que le chemin est dur pour ceux-là. Elle définit le monde en deux catégories (respectivement selon les deux qualités précédemment citées) : les suiveurs et les créateurs. Roark est évidemment l'archétype du créateur, qui va en baver des ronds de chapeau pour vaincre à la fin, un peu comme Colombo. Je ne suis que partiellement d'accord, tout à mon combat intérieur avec l'égoïsme. J'ai du mal à avaler que l'égoïsme puisse être une valeur positive. Et voilà je mélange encore mes pinceaux et les deux versions du mot en ego-, flute alors... Ceci étant dit elle fait bien passer son héros égotique comme un sale con, par moment, même si finalement elle nous le rend un peu supermanesque. Il y a des fois tout de même on lui mettrait bien des claques...
Il me faudrait aussi parler d'un autre personnage central du livre : Ellsworth Toohey. Celui-ci je ne le comprend pas, mais alors pas du tout. Encore que moins que Dominique, mais là j'ai une excuse c'est une femme et si je comprenais les femmes j'écrirais un best-seller. Apparemment c'est un gros nul qui n'a d'autre ambition que de détruire toute forme d'excellence comme il le dit lui même (quand il ne se compare pas au Mephisto de Goethe) : "Don’t set out to raze all shrines - you’ll frighten men. Enshrine mediocrity, and the shrines are razed."
Ah bin tiens, je crois que je viens de le comprendre.
Wow, je me demande si je ne viens pas de faire l'expérience de l'épiphanie !
Du coup je vais m'arrêter là avant de finir mystique...
Chronique postée le 21/10/2009 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"
---
Divers : ...
Pays de l'auteur (Rand, Ayn) : USA
Informations géographiques : USA (principalement New York)
Informations temporelles : probablement contemporain de l'écriture : les années 40/50
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"
---
Divers : ...
Pays de l'auteur (Rand, Ayn) : USA
Informations géographiques : USA (principalement New York)
Informations temporelles : probablement contemporain de l'écriture : les années 40/50