
The Italian secretary - A further adventure of Sherlock Holmes
de : Carr, Caleb
Ca faisait longtemps que je n'avais replongé la tête dans un truc ressemblant de près ou de loin à un roman de détectives privés "old school". Parce que le roman noir cher à mon coeur noir (oui je suis en plein spleen adolescent cure-esque, et alors ?), il est bien parti de quelque part, non ?
On me passera j'espère les allitérations...
Alors pourquoi ? Pourquoi ce retour en arrière, déjà fort amorcé dans d'autre catégorie de ma vie absconse et en passe de devenir obsolète... C'est une histoire de Charybde et Scylla si on prend un peu de recul. Il se trouve que j'ai déniché ce roman lors d'une incursion dans l'une de ces boutiques où pour trouver le type qui s'en occupe (voire qui souvent y habite) il faut errer dans un labyrinthe de piles de bouquins invraisemblables, enjamber des tapis de vieux magazines cochon mais on a le droit c'est "vintage", etc. En fait, c'est assez facile finalement parce qu'on a l'odeur de la pipe comme fil d'Aria(d)ne. Il faut juste éviter les restes de sandwich et le chien qui mâchouille la pantoufle (si si, c'est dans la métaphore filée aussi). J'y cherchais des volumes de la "Geste des Princes-Démons" de Jack Vance, je n'en ai que deux sur les cinq et malheureusement pas le premier, je ne peux même pas commencer... Il me semble l'avoir déjà dit ça d'ailleurs. Bref, je n'ai pas trouvé mon bonheur (mais existe-t-il, finalement, le bonheur ?) ni mes Jack Vance, mais mon oeil a été attiré par ce Caleb Carr alors que je tentais désespérément de ne pas repartir les mains vides, sans doute en proie à un moment de désespoir absolu durant lequel la technique toute féminine mais éprouvée d'exorcisme par achat compulsif fait ses meilleures preuves. Je n'ai pas non plus trouvé de Dashiel Hammett ni de Raymond Chandler, car c'est là que je finis souvent ces temps-ci, dans le rayon crime. Et biographie, curieusement...
Je connais Caleb Carr depuis un petit moment déjà, son "Alienist" m'avait enchanté en son temps. Son "Angel of darkness" m'avait beaucoup moins enchanté, un temps plus tard et une re-sucée plus tard aussi. Alors j'avais un peu, comme dirait l'autre, lâché l'affaire. Il faudra que je relise le premier, à l'occasion, il me semble l'avoir lu en traduction française avant que le snobisme qui se développait de manière aussi effrayante qu'entropique en moi ne me poussât à faire le mariole et à passer en caisse avec des Shakespeare dans le texte plus souvent qu'à mon compte. Finalement il y avait déjà beaucoup de Sherlock Holmes dans "The Alienist", je me le suis laissé dire durant cette lecture, assez fièrement d'ailleurs. C'est aussi dans la préface ou bien peut-être la postface du présent ouvrage, comme quoi on n'invente jamais rien... Il y est aussi question de la propension des écrivains contemporains à ne pas réussir à réellement rentrer dans l'ambiance créée par Conan Doyle, bref de ne pas produire du Sherlock Holmes convaincant, et surtout aux Etats-Unis malgré pas mal de clubs de fans (plus ou moins connus, les fans). Navrant, heureusement que j'ai développé cette stratégie finaude de ne jamais, au grand jamais, lire tout le toutim autour du bouquin avant d'avoir lu l'intérieur.
Et bien, c'est un bon ce Caleb Carr...
Il a vraiment bien fait son boulot. On a vraiment l'impression qu'il vit dans le siècle qu'il décrit. Peut-être qu'il a fait comme, soit disant, Neal Stephenson qui devait écrire sa mega-pavasse "The Baroque Cycle" au stylo à plume pour se mettre dans l'ambiance. Je plains le copiste. Bref, ici le vocabulaire et l'aspect un peu suranné de l'écriture fonctionnent à merveille pour cette nouvelle aventure des deux compères (un peu comme Pierre Richard et Gérard Depardieu tout compte fait, la violence de cette référence me laisse coi). En plus il nous sort la ménagerie complète : la voisine/concierge de Sherlock, le frère de Sherlock, sa majesté avec les majuscules qui vont bien là où il faut... Je dois avouer avoir cru être resté un peu sur ma faim, j'aurai aimé y voir le père/professeur Moriarty (ce "Napoléon du crime", on s'en souvient) aussi. Mais peut-être alors c'eût été indigeste. Et Carr fait dans la finesse.
L'histoire en elle-même est bien dans le ton aussi, mais ce n'est bien sûr pas là tout l'intérêt du livre. C'est une vague histoire de machination morbide et ésotérique pour ramasser du magot loin d'être ésotérique puisqu'en espèces sonnantes, rien de bien palpitant. Comme dans les originaux ce sont bien la méthode employée par Holmes, les relations du duo de choc et les descriptions et autres petites piques sur la société distribuées de-ci de-là qui forment la substantifique moelle de l'affaire. En plus ici, on a la satisfaction de, tout du long, attendre un peu l'auteur au tournant. Si on est adepte du monologue interne (ou pas) on se surprend à se dire : "Va-t-il réussir à nous régaler ou va-t-on finalement pas terminer ce livre en lâchant un "ouaih pas mal, mais c'est juste une pale copie" ?". Je crois que j'ai un problème de ponctuations et de guillemets, il faudra que je me penche sur les règles typographiques de ces oiseaux-là, ou que je demande à maman à mon prochain coup de téléphone. Hein ? Je prends bookine pour une todo list ?
Et c'est là que je trouve que Carr assure un caramel. (Hop, recentrage sur la chronique) On oublie assez vite de lui chercher des poux parce qu'on est bel et bien plongé dans son histoire, dans sa version de Holmes et Yoyo, pardon de Holmes et Watson. On y croit. Alors le bien triomphe à la fin, n'ayez crainte. Et j'aime à dire que j'ai passé de fameux bons moments avec Caleb et sa version des deux anglais chamailleurs.
Une réussite.
de : Carr, Caleb
Ca faisait longtemps que je n'avais replongé la tête dans un truc ressemblant de près ou de loin à un roman de détectives privés "old school". Parce que le roman noir cher à mon coeur noir (oui je suis en plein spleen adolescent cure-esque, et alors ?), il est bien parti de quelque part, non ?
On me passera j'espère les allitérations...
Alors pourquoi ? Pourquoi ce retour en arrière, déjà fort amorcé dans d'autre catégorie de ma vie absconse et en passe de devenir obsolète... C'est une histoire de Charybde et Scylla si on prend un peu de recul. Il se trouve que j'ai déniché ce roman lors d'une incursion dans l'une de ces boutiques où pour trouver le type qui s'en occupe (voire qui souvent y habite) il faut errer dans un labyrinthe de piles de bouquins invraisemblables, enjamber des tapis de vieux magazines cochon mais on a le droit c'est "vintage", etc. En fait, c'est assez facile finalement parce qu'on a l'odeur de la pipe comme fil d'Aria(d)ne. Il faut juste éviter les restes de sandwich et le chien qui mâchouille la pantoufle (si si, c'est dans la métaphore filée aussi). J'y cherchais des volumes de la "Geste des Princes-Démons" de Jack Vance, je n'en ai que deux sur les cinq et malheureusement pas le premier, je ne peux même pas commencer... Il me semble l'avoir déjà dit ça d'ailleurs. Bref, je n'ai pas trouvé mon bonheur (mais existe-t-il, finalement, le bonheur ?) ni mes Jack Vance, mais mon oeil a été attiré par ce Caleb Carr alors que je tentais désespérément de ne pas repartir les mains vides, sans doute en proie à un moment de désespoir absolu durant lequel la technique toute féminine mais éprouvée d'exorcisme par achat compulsif fait ses meilleures preuves. Je n'ai pas non plus trouvé de Dashiel Hammett ni de Raymond Chandler, car c'est là que je finis souvent ces temps-ci, dans le rayon crime. Et biographie, curieusement...
Je connais Caleb Carr depuis un petit moment déjà, son "Alienist" m'avait enchanté en son temps. Son "Angel of darkness" m'avait beaucoup moins enchanté, un temps plus tard et une re-sucée plus tard aussi. Alors j'avais un peu, comme dirait l'autre, lâché l'affaire. Il faudra que je relise le premier, à l'occasion, il me semble l'avoir lu en traduction française avant que le snobisme qui se développait de manière aussi effrayante qu'entropique en moi ne me poussât à faire le mariole et à passer en caisse avec des Shakespeare dans le texte plus souvent qu'à mon compte. Finalement il y avait déjà beaucoup de Sherlock Holmes dans "The Alienist", je me le suis laissé dire durant cette lecture, assez fièrement d'ailleurs. C'est aussi dans la préface ou bien peut-être la postface du présent ouvrage, comme quoi on n'invente jamais rien... Il y est aussi question de la propension des écrivains contemporains à ne pas réussir à réellement rentrer dans l'ambiance créée par Conan Doyle, bref de ne pas produire du Sherlock Holmes convaincant, et surtout aux Etats-Unis malgré pas mal de clubs de fans (plus ou moins connus, les fans). Navrant, heureusement que j'ai développé cette stratégie finaude de ne jamais, au grand jamais, lire tout le toutim autour du bouquin avant d'avoir lu l'intérieur.
Et bien, c'est un bon ce Caleb Carr...
Il a vraiment bien fait son boulot. On a vraiment l'impression qu'il vit dans le siècle qu'il décrit. Peut-être qu'il a fait comme, soit disant, Neal Stephenson qui devait écrire sa mega-pavasse "The Baroque Cycle" au stylo à plume pour se mettre dans l'ambiance. Je plains le copiste. Bref, ici le vocabulaire et l'aspect un peu suranné de l'écriture fonctionnent à merveille pour cette nouvelle aventure des deux compères (un peu comme Pierre Richard et Gérard Depardieu tout compte fait, la violence de cette référence me laisse coi). En plus il nous sort la ménagerie complète : la voisine/concierge de Sherlock, le frère de Sherlock, sa majesté avec les majuscules qui vont bien là où il faut... Je dois avouer avoir cru être resté un peu sur ma faim, j'aurai aimé y voir le père/professeur Moriarty (ce "Napoléon du crime", on s'en souvient) aussi. Mais peut-être alors c'eût été indigeste. Et Carr fait dans la finesse.
L'histoire en elle-même est bien dans le ton aussi, mais ce n'est bien sûr pas là tout l'intérêt du livre. C'est une vague histoire de machination morbide et ésotérique pour ramasser du magot loin d'être ésotérique puisqu'en espèces sonnantes, rien de bien palpitant. Comme dans les originaux ce sont bien la méthode employée par Holmes, les relations du duo de choc et les descriptions et autres petites piques sur la société distribuées de-ci de-là qui forment la substantifique moelle de l'affaire. En plus ici, on a la satisfaction de, tout du long, attendre un peu l'auteur au tournant. Si on est adepte du monologue interne (ou pas) on se surprend à se dire : "Va-t-il réussir à nous régaler ou va-t-on finalement pas terminer ce livre en lâchant un "ouaih pas mal, mais c'est juste une pale copie" ?". Je crois que j'ai un problème de ponctuations et de guillemets, il faudra que je me penche sur les règles typographiques de ces oiseaux-là, ou que je demande à maman à mon prochain coup de téléphone. Hein ? Je prends bookine pour une todo list ?
Et c'est là que je trouve que Carr assure un caramel. (Hop, recentrage sur la chronique) On oublie assez vite de lui chercher des poux parce qu'on est bel et bien plongé dans son histoire, dans sa version de Holmes et Yoyo, pardon de Holmes et Watson. On y croit. Alors le bien triomphe à la fin, n'ayez crainte. Et j'aime à dire que j'ai passé de fameux bons moments avec Caleb et sa version des deux anglais chamailleurs.
Une réussite.
Chronique postée le 19/11/2009 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"
---
Divers : ...
Pays de l'auteur (Carr, Caleb) : USA
Informations géographiques : Londres puis Edinbourg
Informations temporelles : Au temps de Sherlock Holmes, fin 1800
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"
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Divers : ...
Pays de l'auteur (Carr, Caleb) : USA
Informations géographiques : Londres puis Edinbourg
Informations temporelles : Au temps de Sherlock Holmes, fin 1800