Bad Science
de : Goldacre, Ben

Ben avait sur les épaules quelques sacs de cailloux, certes, c'est moins lourd que toute la misère du monde, mais il avait tout de même une grosse pression. Et ce, depuis le jour dans cette librairie écossaise où j'ai acheté ce bookin sur la couverture (intérieure, exterieure et peut-être même la tranche) duquel trainaient de nombreux extraits de journaux, comme cela a l'air de se faire fort de l'autre côté de la manche (et sans doute également de l'océan), parmi lesquels celui qui disait en substance : si vous n'aviez à lire qu'un livre de non-fiction cette année, cela devrait être celui-ci. Double pression pour ce brave Ben. Tout d'abord, parce que je crois qu'il faudrait plutôt que je cherche le roman sur lequel serait écrit : si vous n'aviez à lire qu'un livre de fiction cette année, cela devrait être celui-là. Ensuite, parce que, à trois rayons du livre de poche de Ben, se trouvait la stratégie du choc de Naomi, dont j'ai déjà dit en ces lieux et ici tout le bien que je pensais et sur la couverture duquel se trouvait le même message impératif : c'est celui-là le livre de non-fiction à lire. Alors, je fais quoi, je crois qui ? Un peu de courtoisie m'aurait obligé à reposer Ben dans son tas, car on ne peut pas détrôner Naomi comme cela, mais de nos jours la courtoisie mon bon monsieur vous savez, elle n'est plus que le reflet de la goujaterie du passé. Et puis, je n'avais pas trop de crainte sur les dangers que Naomi courait, tout au plus risquait-elle des chatouilles à la cheville. Ce manque d'objectivité, j'en conviens, est un peu exagéré (même si : Naomipholirpouhinbahar) et je risquais, si la publicité n'était pas trop mensongère, de tomber sur quelque chose de pas trop mal.

Le pari fut donc pris et avec lui le livre. Le brave Ben, ses sacs de sable sur l'épaule, m'a donc parlé à l'oreille un certain temps, l'âge sans doute, la langue aussi c'est sûr, je lis de plus en plus lentement. Ben est docteur (en médecine), le genre d'individu qui dit "ayez confiance" et que je n'aime plus trop habituellement depuis un éventrement malheureux pour une apendicite tout aussi malheureuse. Donc en plus de ses sacs de sable, Ben partait avec quelques casseroles pour faire contrepoids. De surcroit, cet individu qui a pour métier moteur de recherche et base de données pour élaboration de diagnostic (promis, après j'arrête avec la mauvaise digestion des trente cinq agraphes qui ont remplacé une cœlioscopie, putain de bouchers, on les pendra,... plus tard), prétend parler science, j'aime mieux vous dire qu'il était bien parti pour ne pas échapper à l'embuscade derrière le virage. Bon, au final, magie de l'écriture et fine esquive en sortie de virage du jeune praticien, Ben s'en sort bien et me ferait presque aimer les médecins, c'est sans doute lié au système de santé anglais, qui prend toutefois un peu cher.

Le propos de ce brave Ben, dont je dois tout de même dire que la tête en troisème de couverture, ressemble fort à celle d'un petit jeune content de lui avec des bouclettes au-dessus d'une face britonne, est de dire "flûte, y'en a marre" à tous ces gens qui utilisent des arguments scientifiques sans fondement, à des fins variées, mais toujours dans le domaine de la médecine. Et sur le thème, il n'en est pas à son galop d'essai, il a l'air de vomir des chroniques régulières sur le thème dans le Guardian et met tout cela sur son site web : www.badscience.net. Bref, un jeune vieux singe qui grimace à la tête des vilains qui ne s'appuient pas assez fort ou mal sur les études scientifiques et qui prennent les lecteurs pour des télétubies.

Pour arriver à ses fins, ce jeune coquin n'hésite pas à tailler des shorts avec humour, l'air de rien, je crois qu'il aime bien, mais avec une rigueur toute chirurgicale (sens ambigü en ma bouche j'en conviens, 35 agraphes, merde, Verdun était chirurgical ou n'était pas - oups, j'avais promis, je referai plus). Il commence tout doux, avec l'homéopathie et les médecines alternatives dont il rapproche l'efficacité d'avantage du rapport humain qu'elles permettent et de l'effet placebo pour lequel il a un profond respect que d'une quelconque substance active (il se moque un peu, mais aussi des médecins qui négligent le relationnel et le dieu placebo). Puis, c'est au tour des crèmes antirides (je recommande le passage sur l'eau oxygénée qui apporte un oxygène en plus, comme si on allait se froter de rouille pour apporter l'oxygène en plus qui est avec le fer) et des nutritionnistes (chapitre dans lequel saute le mythe du bienfait des compléments alimentaires et des antioxydants, très étonnant quand on se ballade dans un supermarché de nos jours, ce qui m'arrive encore parfois) et après il commence à vraiment s'énerver lorsque les conneries mettent en danger la santé des gens (et pas seulement leurs porte-monnaies) : les gros poissons sont l'industrie pharmaceutique et les média qui montent en épingle des ruptures scientifiques qui n'en sont pas pour nourrir les peurs qui font vendre. Le final, sur la peur des vaccins est tout à fait d'actualité. Tout cela se fait dans un paysage très britannique, ce qui rend certaines références plutôt mystérieuses. C'est du coup un peu exotique, à défaut d'être tropical.

Alors bien sûr, j'ai tenté l'embuscade, un médecin qui se dit scientifique, on va pas dire du mal, donc on va rien dire. Mais, il ne s'en sort pas trop mal, il parle principalement de statistiques et de biais expérimentaux et prône l'accès aux données la transparence sur les références bibliographiques et les protocoles expérimentaux, pour leur remise en cause dans le but de faire avancer la science pour sauver des vies. Le point de vue est plutôt bon : ne pas prendre par défaut les gens pour des cons et permettre à chacun de réfléchir. Il trébuche parfois tout de même un petit peu, avec des analyses qui semblent un peu rapides (et une masse de l'univers qui m'est restée en travers de la gorge), peut-être parce qu'il emploie parfois le mélange de vulgarisation et d'argument d'autorité qu'il dénonce tout le temps par ailleurs. Peut-être les limites de l'exercice.

Au final, il m'a offert de quoi réflechir, de quoi contrebalancer certains de mes points de vue et propose une vision somme toute assez saine. Je lui pardonne donc ses mauvais côtés bien volontier et je m'en vais regretter qu'il ne consulte pas à Compiègne.
Chronique postée le 13/12/2009 et signée Pierre
"On sacrifie toujours quelque chose à la facilité"

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Divers : ...
Pays de l'auteur (Goldacre, Ben) : UK

Informations géographiques : UK
Informations temporelles : contemporain