
Le Jeu des Perles de Verre
de : Hesse, Hermann
Alors là, ça ne va pas être de la tarte cette chronique...
Non seulement le bouquin est un chef d'oeuvre avéré et accepté (donc je n'ai pas trop le droit d'en dire du mal, même si il n'y a pas lieu, mais c'est un truc qui m'ennuie que d'aller dans le sens commun... je me demande je ne vais pas lire la nouvelle horreur de Dan Brown tantôt, histoire d'avoir de quoi m'énerver contre le mainstream), et de surcroît il est compliqué finalement ce livre. Et dans ces cas-là, je me demande toujours si j'ai bien compris.
Mon ami David B. m'a un jour raconté qu'à chaque fois qu'il avait lu un roman de Hermann Hesse, le sujet avait collé à son actualité personnelle d'une manière un peu ésotérique, voire occulte... Il se trouve que peut-être vais-je pouvoir abonder dans son sens, et moi aussi trouver que Hesse écrivit ce bouquin pour moi, pour répondre aux questions existentielles du moment où je l'ai découvert. Il est sympa Hermann, la prochaine fois que je ne sais pas de quelle couleur acheter une brosse à dent, je lirai sa prose...
Cette chronique risque fort d'être fleuve, alors procédons méthodiquement : d'abord un petit récapitulatif du pitch, puis une description en règle de la façon dont le livre est arrangé (c'est assez original) et enfin peut-être quelques considérations personnelles, c'est à dire celles qui n'auront pas déjà suinté de partout dans mes traditionnelles digressions non apprivoisées.
Le pitch donc.
Situé dans un futur lointain et utopique, ce livre est la biographie d'un homme, Joseph Vallet, que l'on suivra de son arrivée à l'école (primaire, plus ou moins) jusqu'à sa mort, après être passé par la Castalie qui est une région spéciale/inventée d'Allemagne (a priori) où des érudits vivent une vie quasi-monastique mais plutôt areligieuse, toute dédiée à la science et à l'art. Joe va devenir de par ses qualités propres un des grands maîtres de cette institution, celui du Jeu des perles de verre, sorte de métaphore d'un idéal d'érudition, son lointain cousin arriéré pourrait être le sudoku disons. Je donnerais bien volontiers mon opinion à l'égard du sudoku, mais on va sans doute me reprocher de ne pas y arriver et donc de me sentir vexé. Ah oui, sinon le livre... On ne sait jamais trop bien qui écrit/narre, c'est un écheveau particulièrement emmêlé de points de vue. Il semblerait que Hesse veuille nous faire croire qu'il s'agit de l'oeuvre d'un aficionados quelconque, mais ça me semble un peu réducteur. Toujours est-il que le gros du roman est en effet une pseudo-biographie et qu'elle est complétée par quelques écrits du maître Joe lui-même : de la poésie et trois contes fictiono-biographiques aussi (contes qui font partie des exercices obligés de l'école). Ca nous fait donc une sorte de triple mise en abysse ou un truc du genre, regarder de trop près à la structure du roman peut donner le tournis, surtout si à l'instar de votre serviteur vous buvez des substances alcoolisées en lisant. Il est évidemment impossible de résumer les mil pages et des brouettes en quelques lignes mais en substance vous voilà rencardés sur le pitch et la structure... A ce sujet, les trois contes qui finissent le livre sont intéressants, mais j'en attendais un peu plus. Ils sont sensés être rédigés par Valet lui-même et non le pseudo-auteur biographe narrateur, or on ne voit pas vraiment de différence de style. Ca vaut pour tout l'ouvrage d'ailleurs.
Passons donc maintenant aux commentaires, encore à l'heure qu'il est bien j'ai un peu du mal à savoir vraiment quoi en penser de cette histoire. En effet, ce livre n'est pas, comme nombre d'aucuns s'étendent à le dire à profusion un peu partout dans l'Interoueb' ou bien dans la chronique littéraire légitime, une grosse baffe dans le beignet. J'admets qu'ils doivent le dire autrement. Pour moi ce livre n'a pas été une révélation ou un enchantement de tous les instants. En revanche, il ne me sort pas du crâne. Il y a plusieurs raisons à cela.
Evidemment, le fantôme d'une certaine école, considérée (à tort ou à raison ce n'est pas mon propos) comme une certaine élite en France, m'a fait me poser plus de question qu'il n'eût fallut, sans doute... Je peux pas saquer les écoles d'ingénieur ! Ah ah, non oh hé, ça va ça va, je plaisante, rangez-moi vos hachoirs de boucher... C'est susceptible un gadzar, dites donc... Dans une bonne partie du livre, voire la quasi totalité, on a un débat sur la notion de tour d'ivoire (terme à l'éthymologie assez intéressante d'ailleurs, comme souvent emprunte de biblerie...) que représente Castalie et il est assez intéressant de suivre les allers et venues des sentiments de Joe entre son école bien aimée et "le siècle" (i.e. la vie hors Castalie, dans la vraie vie, là où il faut, horreur, s'occuper d'économie, de fabrication de biens, de politiques, etc. des trucs sales quoi...). En remettant un peu dans le contexte (montée du nazisme et compagnie) on peut sans doute retrouver ses petits, au moins en première approximation.
Il est aussi amusant de penser que ce fameux jeu des perles de verre n'est finalement jamais réellement décrit, on n'en connaît pas les règles, ni la façon de procéder dans les faits. En revanche Hesse nous en décrit la philosophie et pour ainsi dire l'étiologie (oui oui je sais que l'utilisation d'étiologie ici est hasardeuse, mais je sais ce que je fais, allons !) ce qui avouons le bien donne très envie de s'y frotter. Venant de la part de quelqu'un qui a été abreuvé de jeux de rôles en tout genre, ce n'est guère étonnant : un truc qui apparemment laisse la part belle à l'imagination, l'improvisation mais aussi une préparation énorme en amont, proche de la création artistique. Pensez ! Il n'en faut pas plus pour me rappeler les heures passées à peaufiner un personnage, un scénario, voire des règles complètes. Pourquoi aller "dans le siècle" interagir avec ces êtres étranges qui arborent fièrement queues de cheval et robes courtes, alors qu'on peut créer ses propres mondes de perdition... Je vais arrêter là, la pente me semble savonneuse et je suis suffisamment en mauvais état en ce moment.
Je me demande aussi si j'ai apprécié la fin en queue de poisson, voire simplement en queue tout court. Elle a apparemment fait l'effet d'un pavé dans la mare à son époque. Ah ah. Lisez le livre et vous comprendrez tout le potentiel humoristique d'une telle assertion. Il est des fois où je me demande si je ne risque pas la prison pour mauvais calembour, au train où vont les choses dans le monde avec la censure qui court et tout...
En conclusion, si il reste des gens pour la lire, je dirais bien qu'il faut lire ce livre. Moi je vais attendre un peu pour remettre le couvert avec "Le Loup des Steppes" (et ainsi me lancer dans une campagne d'écoute éhontée de "Born to be wild" et compagnie, il n'y a pas de mauvaises excuses pour le rock'n'roll... Bon ok, ce sera plus probablement un retour à DAAU...) qui est dans ma pile de lecture. Dans la mesure où a priori ce dernier est plus ou moins basé sur une perte d'humanité, et si tant est que les bouquins de Hesse suive la vie du lecteur, finalement ça arrivera peut-être plus vite que prévu.
de : Hesse, Hermann
Alors là, ça ne va pas être de la tarte cette chronique...
Non seulement le bouquin est un chef d'oeuvre avéré et accepté (donc je n'ai pas trop le droit d'en dire du mal, même si il n'y a pas lieu, mais c'est un truc qui m'ennuie que d'aller dans le sens commun... je me demande je ne vais pas lire la nouvelle horreur de Dan Brown tantôt, histoire d'avoir de quoi m'énerver contre le mainstream), et de surcroît il est compliqué finalement ce livre. Et dans ces cas-là, je me demande toujours si j'ai bien compris.
Mon ami David B. m'a un jour raconté qu'à chaque fois qu'il avait lu un roman de Hermann Hesse, le sujet avait collé à son actualité personnelle d'une manière un peu ésotérique, voire occulte... Il se trouve que peut-être vais-je pouvoir abonder dans son sens, et moi aussi trouver que Hesse écrivit ce bouquin pour moi, pour répondre aux questions existentielles du moment où je l'ai découvert. Il est sympa Hermann, la prochaine fois que je ne sais pas de quelle couleur acheter une brosse à dent, je lirai sa prose...
Cette chronique risque fort d'être fleuve, alors procédons méthodiquement : d'abord un petit récapitulatif du pitch, puis une description en règle de la façon dont le livre est arrangé (c'est assez original) et enfin peut-être quelques considérations personnelles, c'est à dire celles qui n'auront pas déjà suinté de partout dans mes traditionnelles digressions non apprivoisées.
Le pitch donc.
Situé dans un futur lointain et utopique, ce livre est la biographie d'un homme, Joseph Vallet, que l'on suivra de son arrivée à l'école (primaire, plus ou moins) jusqu'à sa mort, après être passé par la Castalie qui est une région spéciale/inventée d'Allemagne (a priori) où des érudits vivent une vie quasi-monastique mais plutôt areligieuse, toute dédiée à la science et à l'art. Joe va devenir de par ses qualités propres un des grands maîtres de cette institution, celui du Jeu des perles de verre, sorte de métaphore d'un idéal d'érudition, son lointain cousin arriéré pourrait être le sudoku disons. Je donnerais bien volontiers mon opinion à l'égard du sudoku, mais on va sans doute me reprocher de ne pas y arriver et donc de me sentir vexé. Ah oui, sinon le livre... On ne sait jamais trop bien qui écrit/narre, c'est un écheveau particulièrement emmêlé de points de vue. Il semblerait que Hesse veuille nous faire croire qu'il s'agit de l'oeuvre d'un aficionados quelconque, mais ça me semble un peu réducteur. Toujours est-il que le gros du roman est en effet une pseudo-biographie et qu'elle est complétée par quelques écrits du maître Joe lui-même : de la poésie et trois contes fictiono-biographiques aussi (contes qui font partie des exercices obligés de l'école). Ca nous fait donc une sorte de triple mise en abysse ou un truc du genre, regarder de trop près à la structure du roman peut donner le tournis, surtout si à l'instar de votre serviteur vous buvez des substances alcoolisées en lisant. Il est évidemment impossible de résumer les mil pages et des brouettes en quelques lignes mais en substance vous voilà rencardés sur le pitch et la structure... A ce sujet, les trois contes qui finissent le livre sont intéressants, mais j'en attendais un peu plus. Ils sont sensés être rédigés par Valet lui-même et non le pseudo-auteur biographe narrateur, or on ne voit pas vraiment de différence de style. Ca vaut pour tout l'ouvrage d'ailleurs.
Passons donc maintenant aux commentaires, encore à l'heure qu'il est bien j'ai un peu du mal à savoir vraiment quoi en penser de cette histoire. En effet, ce livre n'est pas, comme nombre d'aucuns s'étendent à le dire à profusion un peu partout dans l'Interoueb' ou bien dans la chronique littéraire légitime, une grosse baffe dans le beignet. J'admets qu'ils doivent le dire autrement. Pour moi ce livre n'a pas été une révélation ou un enchantement de tous les instants. En revanche, il ne me sort pas du crâne. Il y a plusieurs raisons à cela.
Evidemment, le fantôme d'une certaine école, considérée (à tort ou à raison ce n'est pas mon propos) comme une certaine élite en France, m'a fait me poser plus de question qu'il n'eût fallut, sans doute... Je peux pas saquer les écoles d'ingénieur ! Ah ah, non oh hé, ça va ça va, je plaisante, rangez-moi vos hachoirs de boucher... C'est susceptible un gadzar, dites donc... Dans une bonne partie du livre, voire la quasi totalité, on a un débat sur la notion de tour d'ivoire (terme à l'éthymologie assez intéressante d'ailleurs, comme souvent emprunte de biblerie...) que représente Castalie et il est assez intéressant de suivre les allers et venues des sentiments de Joe entre son école bien aimée et "le siècle" (i.e. la vie hors Castalie, dans la vraie vie, là où il faut, horreur, s'occuper d'économie, de fabrication de biens, de politiques, etc. des trucs sales quoi...). En remettant un peu dans le contexte (montée du nazisme et compagnie) on peut sans doute retrouver ses petits, au moins en première approximation.
Il est aussi amusant de penser que ce fameux jeu des perles de verre n'est finalement jamais réellement décrit, on n'en connaît pas les règles, ni la façon de procéder dans les faits. En revanche Hesse nous en décrit la philosophie et pour ainsi dire l'étiologie (oui oui je sais que l'utilisation d'étiologie ici est hasardeuse, mais je sais ce que je fais, allons !) ce qui avouons le bien donne très envie de s'y frotter. Venant de la part de quelqu'un qui a été abreuvé de jeux de rôles en tout genre, ce n'est guère étonnant : un truc qui apparemment laisse la part belle à l'imagination, l'improvisation mais aussi une préparation énorme en amont, proche de la création artistique. Pensez ! Il n'en faut pas plus pour me rappeler les heures passées à peaufiner un personnage, un scénario, voire des règles complètes. Pourquoi aller "dans le siècle" interagir avec ces êtres étranges qui arborent fièrement queues de cheval et robes courtes, alors qu'on peut créer ses propres mondes de perdition... Je vais arrêter là, la pente me semble savonneuse et je suis suffisamment en mauvais état en ce moment.
Je me demande aussi si j'ai apprécié la fin en queue de poisson, voire simplement en queue tout court. Elle a apparemment fait l'effet d'un pavé dans la mare à son époque. Ah ah. Lisez le livre et vous comprendrez tout le potentiel humoristique d'une telle assertion. Il est des fois où je me demande si je ne risque pas la prison pour mauvais calembour, au train où vont les choses dans le monde avec la censure qui court et tout...
En conclusion, si il reste des gens pour la lire, je dirais bien qu'il faut lire ce livre. Moi je vais attendre un peu pour remettre le couvert avec "Le Loup des Steppes" (et ainsi me lancer dans une campagne d'écoute éhontée de "Born to be wild" et compagnie, il n'y a pas de mauvaises excuses pour le rock'n'roll... Bon ok, ce sera plus probablement un retour à DAAU...) qui est dans ma pile de lecture. Dans la mesure où a priori ce dernier est plus ou moins basé sur une perte d'humanité, et si tant est que les bouquins de Hesse suive la vie du lecteur, finalement ça arrivera peut-être plus vite que prévu.
Chronique postée le 16/12/2009 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"
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Divers : publié en 1943 et qui lui permit d'obtenir (principalement) le prix Nobel de 1946
Pays de l'auteur (Hesse, Hermann) : Allemagne
Informations géographiques : Allemagne ?
Informations temporelles : A priori dans un futur lointain (et utopique)
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Dans le même genre...
Du même auteur dans Bookine :
Narcisse et Goldmund, par Richard.
Narcisse et Goldmund, par Hern42.
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Divers : publié en 1943 et qui lui permit d'obtenir (principalement) le prix Nobel de 1946
Pays de l'auteur (Hesse, Hermann) : Allemagne
Informations géographiques : Allemagne ?
Informations temporelles : A priori dans un futur lointain (et utopique)
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