Fear and Loathing in Las Vegas - A savage journey to the heart of the American dream
de : Thompson, Hunter S.

Je me rappelle d'un débat houleux avec mon ami Seb H. après la vision du film de Terry Gilliam inspiré du livre. J'avais été conquis par l'aspect totalement loufoque, par les trouvailles visuelles et par la performance des acteurs. La scène où Johnny Depp se laisse tomber des gouttes d'adrenochrone sur la langue en poussant des cris de souris (?!) tandis que Benicio del Torro se roule à terre, frappant le téléphone contre le sol en hurlant "no please don't fit that thing up my ass!" (en fait, il dit peut-être autre chose mais c'est comme ça que je me le rappelle et c'est aussi mon excuse pour... mais plus tard...). Seb en revanche n'avait pas apprécié et prétendait que tout le monde pouvait faire du débile pour le débile. Je ne mettrais pas l'engouement pour ce film sur le dos de mon attirance pour les drogues psychédéliques. Elle n'était pas encore marquée à l'époque, mais devait déjà sommeiller sous les couches de mécanique du solide et de résistance des matériaux. Peu importe finalement, je ne vais pas tenter de relancer le débat.

Ceci dit, en fait, Gilliam n'a pas fait du débile pour le débile, il a été d'une fidélité irréprochable par rapport au matériel original. Le vrai cintré, c'est Hunter S. Thompson !

Parce qu'il est vraiment complètement marbré lui.
Et ce livre doit probablement à peine rendre justice à ce qu'il se passe dans sa boite crânienne. Je n'aimerais pas devoir y faire le ménage. Sa carrière, si tant est que l'on puisse y référer ainsi, est constituée de mises à pied et de licenciements de quasiment tous les endroits où il a tenté de travailler. En revanche il a fait carrière en tant qu'écrivain/journaliste. On ne peut qu'apprécier le personnage. Il est aussi à la source du terme "gonzo journalism" qui consiste plus ou moins dans une façon de se mettre en scène en tant que reporter dans les écrits, passant du purement factuel à un mélange d'opinion, de fiction et de - dans le cas de Thompson - délire aggravé. Ici, on a bien du mal à séparer la vérité de la fiction. Mais il y a toujours finalement un point qui est fait : une critique de telle ou telle institution, une analyse sociale ou finalement un bout d'histoire, celle des USA. Alors oui, lorsque des comptoirs de bar se peuplent de reptiles et que de la moquette lance ses tentacules au cou du journaliste, ça peut paraître un peu poussé. Mais ça marche. Enfin, pour moi. Les américains quand ils sont fous, ils sont vraiment fous. Ca peut venir du fait qu'ils doivent se débattre dans un carcan un peu serré de moralité, d'hypocrisie, de religiosité mal placée et autre stéréotype éculé sur les Amériques... Je ne sais pas...

Pour une fois, je ne dirai pas que l'histoire n'a pas d'importance devant la qualité - ou l'originalité - de l'écriture même si on (enfin, moi, encore) se prend souvent à siffler une belle phrase en appréciation comme quand un top-model passe devant son bureau. La comparaison ne semble pas réellement bien trouvé, ou alors on ne parle pas de mon bureau. Bref. En fait, cette écriture, on s'en doute, n'est pas "belle" dans le sens proustien (et consorts) mais plutôt riche d'une beauté à chercher au fond d'une soupière de substances psychotropes. J'ose dire que ça m'a fait un effet boeuf et a relancé mes ambitions de scribouillard, ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise chose.

Comme souvent pour mes chroniques, je fais un peu de recherche, et du coup je suis tombé sur une émission du Conan O'Brien show pour la promo d'un autre bouquin de Thompson, son dernier (dans les deux sens du terme). Il n'était pas sur le plateau, parce qu'avant de le faire quitter sa campagne, à ce moment-là déjà, il fallait se lever de bonne heure. O'Brien avait dû aller dans une pampa quelconque et ils ont shooté avec des grosses pétoires (mais des vraiment grosses hein, genre AK-47) en buvant du whiskey, en visant des portraits de gens apparemment connus, des ours en peluche et des copies du bouquin de la promo... Quand Thompson parlait on avait du mal à entendre les mots entre les bips couvrant les insanités, ah ah ! J'ai une sympathie immense pour ce mec et les x verres de bourbon qu'il descendait comme du petit lait durant les quelques minutes de la featurette. Si on pouvait faire ça à bookine, je change de boulot direct et je deviens pro de la chronique littéraire !

Il me reste encore à regarder le documentaire "Gonzo" et me refaire le film et je pourrai dormir avec le sentiment du devoir accompli. En attendant vous avez ma permission de jeter votre dévolu et vos pattes velues (alors celle-ci je ne l'avais pas vue venir) sur ce bouquin. A priori il y en aura d'autres qui arriveront sur bookine, je ne m'arrêterai pas en si bon chemin. 'Me ferais bien une sorte de pèlerinage par là-bas aussi tiens...

Ah, j'oubliais de vous conter l'histoire du téléphone en profondeur... Elle est dans les annales ! Pardon au lectorat sensible pour cette dernière blague.
Chronique postée le 19/01/2010 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"

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Divers : ...
Pays de l'auteur (Thompson, Hunter S.) : USA

Informations géographiques : Bin à Vegas... Et aussi un peu sur le chemin depuis L.A.
Informations temporelles : 1970 et quelques