Les affameurs
de : Bui, Doan

Voici un livre qui rentre dans la catégorie fausse pavasse à scandale et pour être franc, si on ne me l'avait pas prêté, je pense que je ne l'aurais pas lu, un peu comme le JP Coffe à l'époque . D'ailleurs, c'est la même personne qui m'avait prêté le Jean-Pierre qui me prête encore maintenant ce Doan. Et quand on voit que JP fait de la pub pour Leader Price, on voit bien que j'avais raison de me méfier ; mais bon, je n'aime pas rendre un livre qu'on m'a prêté avec en-train sans l'avoir lu, j'appréhende ce douloureux blanc suivant la question : alors t'en as pensé quoi ? Trop bien, non ? Ahah, euh, pourrait être une réponse passable en reproposant un peu de thé. Je ne suis pas prêt et je préfère largement lire ce qu'on me prête.

Une fausse pavasse, c'est tout ce que je n'aime pas, enfin pas tout, c'est vrai, il y a aussi et au moins les télétubies, alors disons plutôt qu'une fausse pavasse, cela fait partie des choses qui m'agacent, c'est un livre qui veut se donner de l'allure et par là-même offrir de l'importance à son lecteur (ce qui est finalement louable de sa part) en ayant une belle épaisseur, qui s'explique par la complicité d'une écriture aérée (par l'auteure et l'éditeur) et d'un papier quasi-cartonné. D'accord, tous les livres ne peuvent pas être publiés sur du papier bible avec une police de quatre, mais la satisfaction de tourner les pages, quand elle revient trop souvent, est contrebalancée par le sentiment que ce n'est pas vraiment mérité : quand on lit un livre sur la faim du monde (je revendique le hall of fame pour ce mauvais mot), faut en chier, accablé par le foisonnement d'idées de l'auteur sur chacune des pages. Des faits, des chiffres, des théories, des témoignages, des refs biblios, un fouet et une planche à clous, voilà une invitation à la lecture digne de ce nom. Ici, ce n'est pas comme cela que cela s'annonce, alors méfiance, va-t-on tomber sur une fausse pavasse tendance "fouille merde" à la Jacquiau ?

Heureusement, non, il n'en est rien, sans doute la légèreté féminine de Doan qui traite le sujet presque comme un carnet de voyage, donnant au sous-titre de l'ouvrage tout son sens. Comme dans tout carnet de voyage, il y a plein d'anecdotes qui agrémentent la lecture, parfois même apportent-elles de l'eau au moulin, c'est pas si mal, on a juste un peu l'impression que Doan a concaténé des reportages pour le Nouvel Obs (son journal d'investigation à elle, je ne ferai pas de commentaires). C'est agréable, plutôt bien écrit, même si j'ai l'impression que les origines vietnamiennes de l'auteure font ressortir quelques barbarismes étranges, mais ces petites étrangetés barbares, finalement, contribuent au charme général du livre qui reste plaisant, ce qui, vu le sujet, n'était pas gagné.

Tiens d'ailleurs, le sujet, je vais peut-être en toucher deux mots. Pas de grandes surprises, il s'agit d'un tour de planète pour rendre visite aux grands acteurs de la faim dans le monde, sur fond de crise alimentaire : les traders, les marchés en Afrique, en Indonésie, le géant chinois et pour finir les grands de l'agro-industrie. Il manque, sans doute, dans la liste des affameurs de façon claire le Nous des pays du Nord, alors que la Chine est largement pointée du doigt (sans dire qu'elle ne fait pas partie du problème, c'est plus simple de montrer l'autre du doigt, alors qu'une poutre nous gratte l'oeil). C'est l'occasion de parler, entre autre, disparition des cultures vivrières grâce au FMI, soja, viande, huile de palme, location de terre par les pays pauvres aux moins pauvres. Tout cela renvoie une image bien sombre de notre petite planète dans les mains du profit sans frontière et je ne vois pas bien la sortie de la spirale. L'auteure non plus d'ailleurs (la classique touche d'espoir qui est l'exercice forcé de la fin de ce type d'ouvrage, est toute succinte en fin d'épilogue), mais ce n'est pas son propos, elle dresse le tableau et, comme elle le laisse entendre, chacun son rôle (mais, tout de même, comme le dirait le gars qui avait une épée aussi grande que son nez, à moins que ce ne fusse le contraire : c'est un peu court...).

Son tableau est vraiment bien fait, mais, pour conserver la métaphore picturale, la perspective est plus proche de South Park que de Léonard de Vinci. Je regrette vraiment que Doan n'aille pas plus en profondeur dans ses analyses, car tout cela reste très superficiel, on survole les thèmes, avec beaucoup d'affirmation rapide qui je pense ne demanderaient qu'à se faire développées, d'autant qu'elles le méritent, vous me direz à raison qu'elles sont là et que ce n'est pas si mal. À cette superficialité, finalement, peut-être rien de bien étonnant puisque Yann Arthus Bertrand, et ses photos prises de tout en haut du ciel, là où la misère ne salit pas les yeux, semble faire partie de ses référents en matière d'écologie. Enfin, au bout du compte, j'avoue tout de même que quitter la planche à clous de temps en temps, n'est pas si désagréable. Mais, prudence, il ne manquerait plus que j'y prenne goût.

Chronique postée le 07/02/2010 et signée Pierre
"On sacrifie toujours quelque chose à la facilité"

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Divers : sous-titre : voyage au cœur de la planète de la faim
Pays de l'auteur (Bui, Doan) : France

Informations géographiques : le monde
Informations temporelles : contemporain