The secret agent: a simple tale
de : Conrad, Joseph

J'en ai bavé des ronds de chapeau avec ce bouquin, tiens... Peut-être que le niveau de langue était un chouilla trop élevé, je ne saurais dire. Toujours est-il que j'ai mis un temps fou à le descendre alors qu'il n'est pas bien gros et que j'avais tordu "Heart of Darkness" relativement rapidement. A noter que pour "Heart of Darkness" c'était une relecture tout de même, la première fois je n'avais pas non plus lu ca au pas de charge. Et au début je n'étais pas convaincu d'avoir aimé "The Secret Agent", en plus, alors qu'à la fin ça a changé ! C'est un comble ça, il va falloir encore que je raconte des âneries pour compenser mon instabilité... En parlant de début et fin, la fin a été plus rapide à lire que le début, si ce n'est facile. Peut-être avais-je réussi à me mettre au niveau ou bien m'étais-je habitué ou bien, encore, mon cerveau avait-il fait le tri sans me le dire et je ne lisais que des bouts de phrase faciles sans m'en apercevoir. A toute chose malheur est bon ! Je me rends compte que je ne comprends pas cette expression, non plus. On va finir par devoir mettre des graphiques à plus de trois dimensions dans bookine pour expliquer les relations entre vitesse de lecture, figures de style, niveaux de langue, nombre de cafés bus (et autres substances), appréciations globale du bouquin, etc. On n'est pas sorti de l'auberge, tiens !

Aller, un petit résumé de l'histoire, ça ne fait pas mal et ça meuble un peu.
Un homme vivote aux crochets d'une ambassade d'un pays non identifié à Londres (mais fortement susceptible d'être Mother Russia) en étant - ou en se faisant passer pour - un agent double, ou agent secret. Mais le successeur de son employeur désormais retraité lui laisse entendre que c'est fini de jouer au nabab sans rien faire et menace de couper les vivres si rien de flagrant ne se passe. De flagrant à déflagration il n'y a qu'un pas. Comme l'homme est aussi plus ou moins en cheville avec une bande d'anarchistes qui parlent beaucoup mais n'agissent pas, il y aurait moyen de faire péter des trucs, si possible des trucs qui marquent. Finalement, pour sauver les apparences ou sa paye il agira et essaiera de poser un engin explosif de façon à endommager l'observatoire de Greenwich, cible suffisamment apolitique pour provoquer une interrogation et l'attention des médias, par exemple. Malheureusement, ça ne se passera pas comme prévu et s'ensuivra un drame familial qui viendra mettre un souk sans nom dans la vie de notre homme. Il est difficile de résumer correctement ce livre qui, sous couvert d'une petite enquête policière (Qui a fait péter cette putain de bombe ?), nous livre des réflexions sur un grand nombre de sujets, variant de la famille à l'anarchie en politique et l'engagement et aussi le terrorisme, etc. Tout cela en fait un livre complétement et terriblement actuel. Il est dit que depuis le fameux onze septembre ce livre a fait pas mal d'apparition dans les médias.

L'histoire est basée sur un fait historique, il y a vraiment un type qui s'est fait exploser la tronche en essayant d'aller détruire quelque chose près de l'observatoire de Greenwich en 1894, un peu avant que Conrad commence à écrire son livre. C'était un français en plus de ca : l'anarchiste Martial Bourdin. Tout un mystère entoure encore cette affaire, dans la mesure où Martial a commis une "petite erreur de manipulation" apparemment. Déjà là le choix de la cible avait réellement intrigué tout le monde. Ce fait est considéré comme le premier acte de terrorisme international au Royaume Uni. La référence que j'ai utilisée est dans le champs "divers" sur votre droite.

Les personnages créés par Conrad sont assez exceptionnels et décrits avec minutie, surtout à l'intérieur de leur tête. Conrad nous fait passer d'un point de vue à l'autre sans jamais que ça ne tombe dans l'artificiel et toujours avec pour objectif de nous éclairer sur un point particulier. Aussi sans doute pour bien montrer l'échec de la communication et les écueils de l'interprétation lorsqu'il s'agit de tenter de décrypter les sentiments et pensées d'un interlocuteur. A la fin, le lecteur sait tout, aussi et surtout tout ce que les personnages ne savent pas. Oui oui, narrateur omniscient, comme on disait au bac de français. C'est amusant aussi parce que le livre n'étant pas si linéaire que ça, on a tout de même le plaisir de parfois avoir à deviner quelques éléments narratifs. Bon il ne faut pas non plus s'appeler Colombo pour retrouver ses petits. Et il n'y a pas que des personnages humains : Londres est à mon avis un personnage à part entière dans le roman. Les personnages ont une relation à la ville, basée principalement sur la peur, l'engluement, l'aliénation même. Il y en a même qui ont fait des thèses sur la vision de la femme et de l'homme dans la société victorienne anglaise basée sur le roman. Il faut dire que la relation entre l'agent secret et sa femme donne pas mal à réfléchir et est un point central du roman. De là à en faire une thèse, on a vu sujet d'étude plus abscons.

Au final, et pour aller contre ce que j'ai raconté quelques lignes/paragraphes plus haut, j'ai vraiment apprécié ce livre. Je l'ai apprécié un peu comme on apprécie un débat ou une soutenance de thèse où on ne comprend pas tout le titre, mais où l'introduction et la conclusion nous font croire qu'on n'est pas venus pour rien. J'ai un soir suivi une émission sur Arte avec Umberto Eco en interview, j'ai pas compris grand chose mais j'étais content au moment d'aller me coucher. Pour sûr ici aussi j'en ai raté des bouts, je dois être condamné à lire les Conrad plusieurs fois afin de les absorber. Ce n'est pas si grave, le plaisir de lecture devrait augmenter proportionnellement.

A noter que le livre a été adapté en 1996 en un long métrage avec Gérard Depardieu au milieu de bons acteurs et de Patricia Arquette ! Je crois que cette fois je ne vais pas tenter de faire le grand chelem et trouver puis regarder ce film. J'ai des réactions épidermiques pas folichonnes quand je vois Gérard Depardieu, c'est comme ça, ça me vient de ma grand-mère qui ne l'aime pas non plus. Je crois que c'est dû à la publicité sur les pâtes qu'il a fait à un moment. On ne plaisante pas avec "la pâte".
Chronique postée le 19/04/2010 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"

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Divers : Ref: http://www.nmm.ac.uk/explore/astronomy-and-time/astronomy-facts/history/propaganda-by-deed-the-greenwich-observatory-bomb-of-1894
Pays de l'auteur (Conrad, Joseph) : UK

Informations géographiques : Londres
Informations temporelles : 1886

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