The death of Bunny Munro
de : Cave, Nick

"The Death of Bunny Munro" est le second livre de Nick Cave, le premier date de plus de vingt ans si je ne m’abuse, et il porte le titre délicieux de "And the ass saw the angel". Il est désormais dans ma pile de lecture. J’ai été fortement convaincu par le talent d’écrivain de Nick Cave avec celui dont il est question ici. Fortement. Heureusement qu’il est moche Nick Cave parce que sinon ça ferait encore un exemple de ces gens doués en tout et qui ont tout. Je ne suis pas un grand fan de la musique d’avec ses Bad Seeds (et ce malgré la présence de Blixa Bargeld sur certains enregistrements tout de même) mais j’aime beaucoup le coté rude, virulent, sauvage et brut de Birthday Party. Avec un pédigré comme ça, plus les nouvelles aventures de Grinderman, de toute façon, il peut me permettre de ne pas me faire adhérer à ses duos avec Kylie Minogue, non ? C’est chercher la petite bête de toute manière. Ceci dit on ne va pas faire de la chronique de disques, on n’est pas dans musikine. Je me demande si on ne devrait pas après tout passer bookine en multimédine et on n’en parle plus tiens ? Ca n’est pas comme si la digression ne le faisait pas faire sans le dire...

Le scénario du livre n’est pas mal troussé et rend bien la pareille à l’écriture hallucinée de Cave. Bunny Munro est un vendeur/démarcheur en produits de beauté et, dans un sens, il est aussi un client lui-même dans la mesure où il passe son temps à se taper ses clientes. On dirait qu’il vit en permanence dans un film porno, sans même qu’il soit besoin de faire de transposition avec le plombier ou le nettoyeur de piscine, après tout il doit en exister sans doute un bon paquet directement avec le VRP dans le rôle de la mesure étalon (ah ah, je suis content de l’avoir trouvée celle-ci tiens). Il a une femme qu’il prétend aimer et un fils de neuf ans auquel il semble aussi tenir... Malgré cela ses frasques et son comportement sexuels finissent par avoir raison de sa femme qui décide que ça suffit à la fin et en finit au bout d’une corde, ou bien d’un truc qui sert à fermer les rideaux je ne me souviens plus. Bunny ne comprend pas bien pourquoi (he oui...) et il se retrouve assez désemparé avec, en sus, son fils à gérer. Il décide alors de reprendre les affaires : tournées de vendage de shampooings donc mais aussi continuation de ses ambitions de se taper une partie significative de la population féminine de la ville. Et il emmène son fils - Bunny Jr, ça ne s’invente pas - avec lui. S’ensuivra une sorte de descente aux enfers et dans une certaine folie. En parallèle, on a une petite intrigue dans le fond basée sur un type qui zigouille des femmes à la fourche à foin déguisé (ou pas) en diable - peint en rouge, cornes sur le front, etc. - et dont le parcours semble le rapprocher de Brighton où se situe le reste de l’action.

Voilà pour l’idée... Je ne vous raconte pas la fin mais vous vous doutez bien que ça risque de ne pas se passer en douceur. Peu importe de toute façon. A mon avis le meilleur dans ce livre, outre le style de Nick Cave que j’ai énormément apprécié, est cette plongée de Bunny dans les affres de la folie. Je la trouve très bien menée. J’ai pensé à de nombreuses reprises à "American Psycho" de B.E. Ellis. En effet, on en arrive assez souvent à se demander si ce que l’on lit est la réalité, la réalité interprétée par Bunny, un délire éveillé ou bien un truc totalement complexe qui n’existe pas du tout ailleurs que dans sa tête. Et bien sûr plus ça va et moins ça va, moins on arrive à retrouver ses petits jusqu’à la scène de fin, cathartique. Alors bien sûr il doit y avoir un effet voyeur dans l’attrait que l’on peut trouver à ce bouquin, une attirance pour le stupre et la luxure, le coté noir de la vie, ceci cela... Mais ça aide beaucoup Cave et lui permet de réussir à fabriquer une tension assez terrible tout du long du livre mais, et sans tomber trop dans la Belle au Bois Dormant ce qui est balaise à mon avis, arrive aussi à nous faire une fin finalement assez douce mais pas gnangnan. Enfin, douce, plus douce que le reste du livre qui nous malmène tout de même pas mal.

L’intérêt principal reste à mon avis cette écriture sauvage à l’emporte moi le pourpoint. Il y a toute cette imagerie rampante, toute cette faune d’expressions et de métaphores qui s’agitent dans les recoins d’ombre de la prose de Nick Cave. Disons que son écriture est à la hauteur de l’aura qu’il dégage (enfin, pour peu que l’on y soit sensible bien sûr) ou que certaines de ses incarnations médiatiques dégagent. Alors on va encore me taxer de gothisme (je me demande combien de mots j’ai barbarismé dans cette chronique...) et d’immaturité mais il me semble qu’il y a un coté dangereux dans les recoins précités, pas un danger dangereux physiquement - il manquerait plus que ca, un livre qui tue, ahah, Eco y a déjà pensé de toute façon - mais une sorte de latence qui pourrait s’insinuer au fond de quelque cerveau faible et donner naissance à des choses pas très jolies. Alors là, je ne m’y retrouve plus moi même mais c’est la psychopathie du moment. En tout cas, j’y retourne toujours dans ces recoins là, ça ne me réussit pas d’aller prendre le soleil. Et ceux habillés par Nick Cave ont un bestiaire intéressant...

Je vais m’arrêter là avant de lâcher des commentaires à base d’Ange Déchu et compagnie, d’autant qu’Il a peut-être juste trébuché hein...
Chronique postée le 13/09/2010 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"

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Divers : ...
Pays de l'auteur (Cave, Nick) : Australie, relocalisé en UK (vo)

Informations géographiques : South England, Brighton
Informations temporelles : Contemporain apparemment (des éléments du livre laisse entendre 2003), publié en 2009