Do Androids Dream of Electric Sheep
de : Dick, Philip K.

Ca faisait un moment que je voulais lire Blade Runner... Et voilà, ça n'a pas raté, dès la première ligne... Oh well... Autant retirer l'éléphant (ou le gorille c'est chacun qui voit) du magasin de porcelaine, ou de la pièce, je crois que je mélange mes expressions. Bref, ce livre est celui qui a inspiré Blade Runner, quiconque est un peu nerd sur les bords (et passablement asocial sans doute, arrêtez de me regarder comme ça) corrige d'un air suffisant et embarrassé, si si c'est possible, ceux qui parlent de Blade Runner le "livre" de Phillip K. Dick [soupir]. Et ouaih, les titres c'est important, ok ?

Et d'ailleurs, ceci étant dit, le titre est tout de même mieux, non ? Est-ce que les androïdes rêvent de moutons électriques ?
C'est une bonne question.
Et en fait elle marque la différence majeure entre le livre et le film. Outre cette histoire d'animal électrique, le film est plutôt fidèle au livre. Bon, il faut aussi faire abstraction de la différence entre Harrison Ford et Rick Deckard, j'ai tendance à penser que Ford n'est pas le loser que Deckard est dans le livre. Mais je m'emporte, ne mettons pas la charrue avant les boeufs --Electriques ? Ca reviendrait à mettre ladite charrue avant le motoculteur ça non ?--

Donc, dans le livre comme le film Deckard est chargé de dézinguer quelques individus d'un nouveau modèle d'androïde qui se font passer pour des humains (le livre explique pourquoi, pas la film) et c'est un danger pour la population. Pour cela il possède des méthodes pour identifier si les suspects sont ou pas humain et c'est la fameuse scène avec Rachel, une de ces nouveaux androïdes qui ne le sait même pas elle-même, commune aux deux. Deckard va leur courir après un peu partout dans la ville (SF dans le livre, mais tourné à LA dans le film sans que cela soit dit pour autant que je me rappelle) pour leur faire la peau synthétique et il va nouer une relation amoureuse bizarre avec Rachel. Tout ça c'est quasi la même chose dans les deux, à quelques détails près : Deckard est marié dans le livre, pas dans le film mais on peut voir des photos chez lui (sur le piano) qui indiquent son passé à qui voudrait creuser (et faire des arrêts sur images avec le DVD, nerds!), Deckard interagit avec un autre détective, il y a un personnage étrange (un simplet dans le livre, un nerd (sic) dans le film) dans les deux mais pour des raisons d'animaux électriques justement il est passablement modifié, les androïdes n'ont pas les mêmes boulots/couvertures... Du détail...

Du beau boulot d'adaptation donc. Et en effet je suis un fan du film que je trouve très bon, et toujours bon, longtemps après sa sortie et c'est déjà pas mal.

La grosse différence vient de la profondeur de la réflexion dans le livre, cette histoire d'animaux électriques (ou pas) et le statut social et émotionnel qu'ils représentent, les machines à modifier les "moods" et toute cette histoire du film télé du messie ou je ne sais plus quoi... Ca fait beaucoup au final mais je ne crois pas que c'eût été judicieux de tenter de le coller dans le film sans en faire un machin imbuvable pour qui n'aurait pas lu le livre. C'est bizarre, comme quoi je ne suis pas un si gros con d'élitiste que ça quand je veux !

Cette idée des animaux électriques et des animaux "normaux" (il en reste très peu pour cause de pollution, beaucoup d'humain ont aussi migré sur Mars (Voir Total Recall?)) et l'impact qu'ils ont sur le rang social est fascinant. Deckard commence le livre avec un mouton électrique à moitié cassé et il rêve d'avoir un cheval ou bien n'importe quoi de non-électrique, on ne sait pas bien si c'est pour son plaisir personnel, pour satisfaire sa femme ou bien pour faire pâlir d'envie ses voisins... Mais il n'y a pas que ça, les sentiments d'empathie éprouvés à l'égard des animaux sont l'un des critères aidant à différencier humain de replicants (le nom des androïdes). De plus, il y a une scène totalement absente du film, et pour cause tout le concept des animaux électriques n'y figure pas, durant laquelle Deckard interagit avec un crapaud (cette classe...), je dois avouer que s'il y a une signification mystique en plus de ce qui est flagrant, ça m'aura échappé...

L'autre idée majeure est le programme "télé-intéractif" qui sert de base à la société, forçant les gens à suivre les mésaventures d'un ermite qui tente d'escalader une colline et souffre le martyr, et ce pour le bien de ses concitoyens... C'est assez dur à résumer mais c'est une sorte d'intrigue de fond qui enrichit fortement le monde décrit par P.K. Dick et le rend particulièrement sombre et désespéré. Et le final est bien plus basé sur cette idée que sur la chasse au replicants à mon avis.

Cependant, je ne voudrais pas donner l'impression de déprécier l'adaptation de Ridley Scott (1982), bien au contraire comme je l'ai déjà dit je trouve que c'est un film admirable. L'ambiance sombre et désespérée est très bien rendue visuellement par un neo-gothisme décadent ambiant du meilleur effet. Le soin du détail et les performances des acteurs en font un grand film avec de nombreuses scènes remarquables, voire même il titille le spectateur en laissant des pistes ouvertes : la fameuse licorne en origami... En effet il y a un nombre de trouvailles très intéressantes qui sont éloignées du livre mais contribuent à créer une ambiance très proche : pluie incessante, technologie avancées mais aussi un peu coincée dans les années 60 --Steampunk ? Pas vraiment victorien comme atmosphère. Devrait-on dire toasterpunk ou lavalamp-punk? Dépendant de quel est votre objet design sixties préféré...-- Tout ça c'est très bon et la version redux longue passe comme une lettre par la porte, ou à la poste, c'est pareil au final.

Phillip K. Dick est vraiment en auteur à part, j'aimerais relire "Ubik" par exemple dont j'ai un souvenir assez vague mais à la valence positive forte. En plus ça donne l'occasion de revoir pas mal de films de science-fiction dans la mesure où pas mal de ces romans ou novellas ont été adaptés, avec plus ou moins de succès (Ouhhhh Johnny Mnemonic!)

Bref, Phillip K. Dick se doit d'être dans toutes les bibliothèques... A coté d'un manuel d'origami. [Mais il arrête avec ses origamis Hern à la fin ?]
Chronique postée le 31/03/2012 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"

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Divers : ...
Pays de l'auteur (Dick, Philip K.) : USA

Informations géographiques : San Francisco (et un peu alentours)
Informations temporelles : Le futur (de l'époque)

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A Scanner Darkly, par R1.
The man in the high castle, par Hern42.
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Par R1 le 28/11/2006 Lire ici