The Maltese Falcon
de : Hammett, Dashiell

Quand on n'a pas de Chandler à se mettre sous la rétine, Hammett fait très bien l'affaire. Le second étant le maître à penser (et donc sans doute à écrire) du premier on est bien servi de toute façon... Ne croyez pas que je porte un jugement de valeur, ou que je me permette de mettre l'un avant le second ou vice-versa. J'apprécie les deux et si j'ai une légère préférence pour le premier (alphabétiquement, ou le second chronologiquement, dans le temps, pas dans ma découverte, houla ça devient compliqué cette histoire) c'est par pure idiosyncrasie. Toujours est-il qu'avec celui-ci j'ai découvrir celui-là et ainsi pu me régaler de mon premier Sam Spade, dans une édition quasi-originale qui plus est. J'ai déjà dû affirmer mes névroses en ces lieux bookiniens à de nombreuses reprises mais il faut bien le dire, l'objet-livre a son importance pour qui est enclin à certains plaisirs olfactifs tant que littéraires. Alors, trouver un livre aux pages jaunies, à la couverture aux oreilles de chien (nous sommes aux Etats-Unis de l'Amérique après tout !) et dans un vrai format de poche, au fond d'une petite boutique qui sent tout aussi bon le grenier qu'un vrai grenier --ou bien est-ce un artefact de ma métaphorique psyché déviante, qui sait ?-- pose une importance trop marquée sans doute. Tout élément allant dans le sens d'une joie multi-sensorielle est bon à prendre, point barre. Sam Spade, les années 30, du whisky dans le tiroir d'un bureau éclairé à travers les persiennes, un cendrier débordant de mégots, etc. tout cela colle bien avec ce petit bouquin que j'ai trimballé dans ma poche de par le monde... C'est le seul anachronisme, quasiment, ce temps qu'il m'a fallut pour le descendre (le livre, pas Sam !) alors que je traversais quelques neuf zones temporelles en aéroplane, et non en bateau à vapeur... Enfin, même si je suis gravement atteint, je ne vais tout de même pas me fâder un voyage en cargo juste pour me mettre encore plus dans l'ambiance.

Et quelle ambiance !
Tout y est : les éléments sus-mentionnés et bien plus, les personnages, San-Francisco CA, le climat international de l'entre deux guerres en fond de tableau... Tout disais-je : le privé, la vamp, la secrétaire dévouée, le collègue et sa femme-maîtresse du "héros", les sbires, le mec au sourire huileux et à la morale douteuse, la paire de flics (le bon et le mauvais, le compréhensif et, pardon, le trou du cul). C'est un régal de stéréotypes mais cela vient sans doute du fait que je lis ce livre en deux mille douze, quelques quatre-vingt ans après son écriture. De l'eau (et du whisky) il en est passé de sous les ponts et des histoires de privé aussi.

De l'histoire on ne fera que peu cas, au final elle est connue et si vous voulez un bref résumé il ne vous sera pas vraiment difficile de l'obtenir, mais ça ne vaut pas vraiment la peine de se priver (pun intended) et se laisser mener par la main et par Dashiell dans cette ronde de trahisons... L'écriture quant à elle est sèche comme un coup de trique, et présente un intérêt tout particulier : on est mis au courant de ce que chacun fait et dit, mais on n'a pas accès aux pensées des gens, pas même celles de Spade. Et cela a un effet marquant pour moi, impossible de se faire une idée de la moralité de Spade par exemple. On n'en sait que ce que celui-ci en dit et comme il en dit peu, on n'en sait rien. Alors ? Alors tout l'arsenal du roman noir est là-dedans pour moi. L'ambigüité.

Bien-sûr on pense très rapidement à Bogart quand on pense à Sam Spade (ou tout autre histoire de privé), et effectivement "The Maltese Falcon" a fait l'objet d'une adaptation cinématographique (plus d'une en fait mais comme souvent l'une prend le pas sur les autres) que je me suis empressé de dénicher et de déguster avec comme excuse cette conscience professionnelle douteuse. Comme si j'avais besoin d'une excuse pour me verser un whisky et me caler au fond du fauteuil avec un vieux film en noir et blanc (de 1941), dans un motel un poil miteux pour couronner le tout, hop... Et je n'ai pas été déçu. Le script suit à la lettre, quasiment plan par plan, le livre et les dialogues en sont totalement issus. On n'est pas dépaysé, d'autant que les acteurs choisis sont particulièrement bien adaptés aux rôles. Je ne me rappelle plus l'idée que je me faisais de chacun d'eux mais il y a fort à parier de toute façon que mes souvenirs de l'adaptation du "Big Sleep" de Chandler, déjà avec Bogart, aient entrainé leur lot d'images mentales que j'ai calquées sur ce roman-ci. Toute la (ma ?) mythologie du roman noir se construit indépendamment des auteurs et de toute chronologie. Une mention spéciale pour Peter Lorre et Sydney Greenstreet qui sont proprement fabuleux dans leurs rôles de margoulins...

En bref, et pour finir, les deux oeuvres sont recommandables. Et il y a cette histoire de la dernière (ou en fait avant-dernière) ligne du film, soit-disant suggérée par Bogart et inspirée par Shakespeare que je vous laisse le plaisir de découvrir...
Chronique postée le 06/06/2012 et signée Hern42
"Quoi !? Avec plus de cinq livres par an je suis un *gros* lecteur... Et l'Arlequin, c'est du SlimFast ?"

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Divers : ...
Pays de l'auteur (Hammett, Dashiell) : USA

Informations géographiques : San Francisco, CA
Informations temporelles : contemporain de l'écriture, donc vers 1930

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Red Harvest, par Hern42.